Des débuts difficiles, le couple construit son nid,
Lors de leur mariage, la difficulté de trouver un logement pour une nouvelle famille se faisait sentir… Certes la guerre était finie mais la reconstruction n’avait pas commencé, le plan Marshall tout juste en réflexion, le jeune couple prend une chambre d’hôtel rue des Poissonnier à Paris pour accueillir ce nouveau foyer en pleine constitution. Les hôtels loués sur des périodes longues étaient la seule solution en ces moments de pénurie.
La fameuse année 1954 approche, mais en dehors de l’appel de l’abbé Pierre qui lance son fameux discours envers les politiques afin de dénoncer les conditions indignes de vie de nombreux ménages, sans logis, la famille Collinet-Provoost décide d’agrandir son noyau familial en invitant un enfant à leur foyer. Madeleine plus tard expliquera les conditions de vie dans cet hôtel, bien qu’elle en parlât avec nostalgie car l’amour était présent, les punaises de lit faisaient aussi partie de leur quotidien. Pas de cuisine, des douches communes sur l’étage ainsi qu’un WC, seul trônait un lavabo dans leur chambre. Elle vécut ainsi heureuse tout au long de sa grossesse avec les nausées que nombreuses femmes connaissent lors de cette période du premier enfant. Malgré ce contexte, je n’ai entendu parler, avec une pointe d’irritation dans la voix, que des punaises de lit…
Là aussi la solidarité familiale est intervenue. La tante Simone possédait un petit pavillon de campagne à Chennevières sur Marne, elle leur propose de l’utiliser le temps de la construction, les conditions étant plus favorable à la vie de famille notamment avec un jeune enfant. Nous avons ainsi vécu près de 2 ans dans ce lieu plus accueillant qu’une chambre d’hôtel infectée par les punaises.
Les données historiques du contexte socio-économique-politique sont tiré de l’ouvrage de Thierry SABOT : Contexte-France, la vie quotidienne de vos ancêtres de l’an mil à nos jours -Editions Thisa.
- Un contexte social et politique dense et incertains
La population doit considérer officiellement la fin de la guerre et des combats. Cet appel du président du conseil (Philippe Pétain) exhorte à ranger les armes et cesser le combat (le 16/06/1940) mais il n’ait pas vraiment suivi par un autre réseau qui s’organise dans des mouvements de résistance, autour du Général De Gaulle à partir de l’Angleterre. En 1944, la pénurie de nourriture et produits d’hygiène se prolonge et le marché noir complète les rations insuffisantes pour nourrir les familles avec des prix qui s’envolent, de 22 à 30 francs le kg de pomme de terre, de 46 à 500 francs les 50 kg de charbon. Plus grave pour cette jeune génération qui rêve de participer à la liberté de la France, le régime de Vichy participe et transcrit sur le territoire les demandes de l’Allemagne nazie en transfert de main-d’œuvre, en juin les Allemands font fermer les chantiers de jeunesse, devenue un vivier pour les mouvements de résistance. A ce titre, le STO est étendu à tous les hommes de 16 à 60 ans ainsi qu’aux femmes de 18 à 45 ans sans enfants. Les chasses aux collabos pour les uns et aux résistants pour les autres avec son lot de dénonciations anonymes… les bombardements s’intensifient, avec une technique « les tapis de bombes » particulièrement destructrice et meurtrière, provoquent critiques et mécontentement de la part de la population. L’opinion publique à l’égard des maquis passe de la complicité passive à une sympathie non dissimulée. Dans le mouvement de la libération de Paris le 24 août 1944, le gouvernement de Vichy est dissous et les lois de la république proclamée, rétablies sur tout le territoire.
Pendant ce temps, De Gaulle institue à Alger un gouvernement provisoire de la république française (GRPF) qui accompagne les luttes de reconquêtes de la résistance avec un régime de droit républicain, une ordonnance du 21 avril instaure le vote des femmes et confirme les conseils municipaux et généraux.
La fin d’une guerre n’est pas un long fleuve tranquille et si la communication de l’époque a comporté son lot de « fakenews », la circulation des nouvelles n’était pas aussi aisée qu’au 21ème siècle !! Ainsi, les années 1945 à 1949 sont lourdes en production de textes de droits proclamés et en avancées sociales, telles que la création de la sécurité sociale pour les salarié.es (19 octobre) un référendum contre le projet d’une nouvelle constitution, qui est proclamée en 1946 (21 octobre), mais la période est marquée par l’épuration et les procès se succèdent. La capitulation de l’Allemagne est signée le 8 mai dans un contexte social et économique instable, multiplication des grèves spontanées, manifestations qui tournent en émeute pour réclamer des augmentations de salaire et du pain. En effet, les pénuries sont toujours d’actualité et le plan Marshall prend naissance au cours de la conférence de Paris, les modalités sont discutées et signées par 16 pays. La ligne directive est justifiée sous l’argumentation de : « Il est logique que les États-Unis fassent tout pour aider à rétablir la santé économique du monde, sans laquelle il ne peut y avoir aucune stabilité politique et aucune paix assurée. » George Marshall, général et conseiller du président Roosevelt, 5 juin 1947.
- Le plan Marshall, une aide financière aux pays détruits par la guerre, informations issues de wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Plan_Marshall
Le plan Marshall est ce dispositif mis en œuvre entre les pays européens touchés par la guerre et les Etats Unis ayant pour objet de leur permettre de reconstruire villes et infrastructures mais aussi de relancer un dynamisme économique afin de permettre les échanges commerciaux entre les deux continents. Ainsi entre 1947 et 1951, les États-Unis consacrent 16,5 milliards de dollars4 de l’époque (dont onze milliards en dons) au rétablissement de 23 pays européens en réponse à l’Organisation européenne de coopération économique (OECE, aujourd’hui l’OCDE). Le montant total de l’aide correspondrait entre 130 milliards et 230 milliards de dollars en 2012, soit environ 4 % du PNB pendant cinq ans.
- La France, qui doit créer des infrastructures pour remplacer celles qui ont été détruites par la guerre et moderniser ses réseaux, utilise 38% de l’aide pour les infrastructures, et 33% pour moderniser ses outils de production. L’Allemagne, qui avait déjà un réseau formé et relativement moins détruit, consacre 27% des fonds aux infrastructures, et 48% à la modernisation des outils de production. L’Italie est à mi-chemin, avec 35% des fonds en infrastructures, et 44% en modernisation des outils de production.
- En France, Jean Monnet, premier commissaire au Plan, avait commandé des produits américains (pétrole, nourriture, machines-outils), réglés par les États-Unis, puis avait stocké la contre-valeur en francs, que l’inflation avait grignotés. Dans les années 1960, 20 % de la somme prêtée a été remboursée et le solde considéré comme un don.
Le 12 juin 1947 la France lance son plan de la reconstruction, le gouvernement provisoire (GPRF) crée, dès octobre 1944 le MRU (ministère de la reconstruction et de l’urbanisme, puis il est modifié en 1945 dans l’objectif de regrouper les services de la délégation générale à l’équipement national (DGEN) et ceux du commissariat technique à la reconstruction immobilière. Il devient en 1955 le ministère de la Reconstruction et du Logement (MRL). Ce ministère fut le premier à utiliser la communication médiatique avec les images des taudis de l’après-guerre tout en valorisant l’image des chantiers. Ce ministère met en œuvre un vaste plan de construction d’habitations (dont les habitations à loyers modérés) et d’établissements scolaire et d’hôpitaux.
Ainsi dans la culture familiale, il est raconté qu’André apporte sur le lit de maternité à Madeleine l’acte de propriété du pavillon d’Eaubonne sur plan qui mettra près de 2 ans à se réaliser et restera la résidence de la famille jusqu’au déménagement de l’entreprise Rochas à Poissy en avril 1968 et celui de la famille à Andrésy (78). Pour mémoire le pavillon d’Eaubonne faisait partie d’un programme collectif d’une cinquantaine de maisons individuelles dans une zone nouvellement urbanisée…
A la fin de la guerre, il est important de garder en mémoire que certaines des mesures contraignantes au regard des libertés individuelles sont maintenues, les tickets alimentaires avec des portions congrues par famille (fin du rationnement du pain en février 1949, suivi en mars-avril de celui des corps gras, puis du lait et du chocolat), les autorisations ou obligations de travailler avec un enregistrement obligatoire auprès des mairies, l’essence est toujours rationnée, les prix bloqués pour lutter contre le marché noir… les populations assistent à un grand écart entre deux versants, un besoin impérieux de liberté et de vivre des populations et les instabilités engendrées par les insurrections et les révoltes de par le monde, les émeutes en Algérie, l’intervention de troupes à Saïgon puis au Tonkin, l’insurrection de Hanoï, le début de la guerre d’Indochine, la révolte de Madagascar. Sur le plan intérieur, des mouvements de révoltes surgissent dans la société comme dans les entreprises, des grèves et mouvements sociaux (1947 et 1950) pour faire augmenter les salaires, la fin du rationnement de l’essence (1949), paradoxalement, ce qui entraîne certainement sous l’impulsion du Parti Communiste et socialiste la création de la sécurité sociale (1945), le droit de vote des femmes (1946), la fermeture des maisons closes (1946), la création de l’allocation prénatale et celle de maternité. La vie industrielle et matérielle suit cette dynamique de créations et de développement, car bien que l’alimentation représente encore 40% des dépenses d’un ménage, ils acquièrent aussi des biens de consommation prévus pour leur facilité la vie, en 1954, 7,5% des ménages possèdent un réfrigérateur et 8,4% une machine à laver. En 1952, sort la première lessive de synthèse, en 1953 la cocotte Seb et la poêle Tefal en 1954. Le stylo bille devient un produit de grande consommation et en 1953 la pratique du crédit se généralise. Au niveau de la vie culturelle et du mouvement intellectuel, les créations sont denses, la musique est plus légère en invitant à la danse et les filles portent de plus en plus le pantalon…
Je me souviens d’une question à André un soir de repas familial concernant un mouvement de jeunes à la sortie de la guerre. En classe je venais d’apprendre l’existence de ce mouvement revendiquant des changements dans les comportements autant que vestimentaires, les zazous. « Papa as-tu été zazous dans ta jeunesse ? » – il me répondît désabuser : « Mais non, j’étais caché dans les bois pour éviter d’être envoyé en Allemagne !! » …et rien d’autres. Sujet difficile à aborder – pudeur légitime de parents, à parler de malheurs quand l’espérance d’une vie meilleure est la clé de voute de toute une population ? ou tout simplement envie d’oublier ? cette période était difficile à aborder, pudeur légitime à parler de malheurs, quand l’espérance d’une vie meilleure remplie toutes les têtes ? ou tout simplement oublier ? Les « 30 glorieuses » entraient en vigueur avec une rare exclusivité, oubliant les pauvres et les exclus du système, déjà ! A l’occasion des travaux de construction, une main d’œuvre bon marché et docile était importée en masse des pays qui furent des colonies française pour occuper les postes d’une industrie florissante et tout le peuple européen avait le regard tourné vers cette ascension sociale promise par une école publique toute puissante.




























































































































































































































































































Vous devez être connecté pour poster un commentaire.