3.9- Une fin de guerre qui n’en finit pas et un début de vie difficile,     

Des débuts difficiles, le couple construit son nid,

Lors de leur mariage, la difficulté de trouver un logement pour une nouvelle famille se faisait sentir… Certes la guerre était finie mais la reconstruction n’avait pas commencé, le plan Marshall tout juste en réflexion, le jeune couple prend une chambre d’hôtel rue des Poissonnier à Paris pour accueillir ce nouveau foyer en pleine constitution. Les hôtels loués sur des périodes longues étaient la seule solution en ces moments de pénurie.

La fameuse année 1954 approche, mais en dehors de l’appel de l’abbé Pierre qui lance son fameux discours envers les politiques afin de dénoncer les conditions indignes de vie de nombreux ménages, sans logis, la famille Collinet-Provoost décide d’agrandir son noyau familial en invitant un enfant à leur foyer. Madeleine plus tard expliquera les conditions de vie dans cet hôtel, bien qu’elle en parlât avec nostalgie car l’amour était présent, les punaises de lit faisaient aussi partie de leur quotidien. Pas de cuisine, des douches communes sur l’étage ainsi qu’un WC, seul trônait un lavabo dans leur chambre. Elle vécut ainsi heureuse tout au long de sa grossesse avec les nausées que nombreuses femmes connaissent lors de cette période du premier enfant. Malgré ce contexte, je n’ai entendu parler, avec une pointe d’irritation dans la voix, que des punaises de lit…

Là aussi la solidarité familiale est intervenue. La tante Simone possédait un petit pavillon de campagne à Chennevières sur Marne, elle leur propose de l’utiliser le temps de la construction, les conditions étant plus favorable à la vie de famille notamment avec un jeune enfant. Nous avons ainsi vécu près de 2 ans dans ce lieu plus accueillant qu’une chambre d’hôtel infectée par les punaises.

Les données historiques du contexte socio-économique-politique sont tiré de l’ouvrage de Thierry SABOT : Contexte-France, la vie quotidienne de vos ancêtres de l’an mil à nos jours -Editions Thisa.

  • Un contexte social et politique dense et incertains

La population doit considérer officiellement la fin de la guerre et des combats. Cet appel du président du conseil (Philippe Pétain) exhorte à ranger les armes et cesser le combat (le 16/06/1940) mais il n’ait pas vraiment suivi par un autre réseau qui s’organise dans des mouvements de résistance, autour du Général De Gaulle à partir de l’Angleterre. En 1944, la pénurie de nourriture et produits d’hygiène se prolonge et le marché noir complète les rations insuffisantes pour nourrir les familles avec des prix qui s’envolent, de 22 à 30 francs le kg de pomme de terre, de 46 à 500 francs les 50 kg de charbon. Plus grave pour cette jeune génération qui rêve de participer à la liberté de la France, le régime de Vichy participe et transcrit sur le territoire les demandes de l’Allemagne nazie en transfert de main-d’œuvre, en juin les Allemands font fermer les chantiers de jeunesse, devenue un vivier pour les mouvements de résistance. A ce titre, le STO est étendu à tous les hommes de 16 à 60 ans ainsi qu’aux femmes de 18 à 45 ans sans enfants. Les chasses aux collabos pour les uns et aux résistants pour les autres avec son lot de dénonciations anonymes… les bombardements s’intensifient, avec une technique « les tapis de bombes » particulièrement destructrice et meurtrière, provoquent critiques et mécontentement de la part de la population. L’opinion publique à l’égard des maquis passe de la complicité passive à une sympathie non dissimulée. Dans le mouvement de la libération de Paris le 24 août 1944, le gouvernement de Vichy est dissous et les lois de la république proclamée, rétablies sur tout le territoire.

Pendant ce temps, De Gaulle institue à Alger un gouvernement provisoire de la république française (GRPF) qui accompagne les luttes de reconquêtes de la résistance avec un régime de droit républicain, une ordonnance du 21 avril instaure le vote des femmes et confirme les conseils municipaux et généraux.

La fin d’une guerre n’est pas un long fleuve tranquille et si la communication de l’époque a comporté son lot de « fakenews », la circulation des nouvelles n’était pas aussi aisée qu’au 21ème siècle !! Ainsi, les années 1945 à 1949 sont lourdes en production de textes de droits proclamés et en avancées sociales, telles que la création de la sécurité sociale pour les salarié.es (19 octobre) un référendum contre le projet d’une nouvelle constitution, qui est proclamée en 1946 (21 octobre), mais la période est marquée par l’épuration et les procès se succèdent. La capitulation de l’Allemagne est signée le 8 mai dans un contexte social et économique instable, multiplication des grèves spontanées, manifestations qui tournent en émeute pour réclamer des augmentations de salaire et du pain. En effet, les pénuries sont toujours d’actualité et le plan Marshall prend naissance au cours de la conférence de Paris, les modalités sont discutées et signées par 16 pays. La ligne directive est justifiée sous l’argumentation de : « Il est logique que les États-Unis fassent tout pour aider à rétablir la santé économique du monde, sans laquelle il ne peut y avoir aucune stabilité politique et aucune paix assurée. » George Marshall, général et conseiller du président Roosevelt, 5 juin 1947.

Le plan Marshall est ce dispositif mis en œuvre entre les pays européens touchés par la guerre et les Etats Unis ayant pour objet de leur permettre de reconstruire villes et infrastructures mais aussi de relancer un dynamisme économique afin de permettre les échanges commerciaux entre les deux continents. Ainsi entre 1947 et 1951, les États-Unis consacrent 16,5 milliards de dollars4 de l’époque (dont onze milliards en dons) au rétablissement de 23 pays européens en réponse à l’Organisation européenne de coopération économique (OECE, aujourd’hui l’OCDE). Le montant total de l’aide correspondrait entre 130 milliards et 230 milliards de dollars en 2012, soit environ 4 % du PNB pendant cinq ans.

  • La France, qui doit créer des infrastructures pour remplacer celles qui ont été détruites par la guerre et moderniser ses réseaux, utilise 38% de l’aide pour les infrastructures, et 33% pour moderniser ses outils de production. L’Allemagne, qui avait déjà un réseau formé et relativement moins détruit, consacre 27% des fonds aux infrastructures, et 48% à la modernisation des outils de production. L’Italie est à mi-chemin, avec 35% des fonds en infrastructures, et 44% en modernisation des outils de production.
  • En France, Jean Monnet, premier commissaire au Plan, avait commandé des produits américains (pétrole, nourriture, machines-outils), réglés par les États-Unis, puis avait stocké la contre-valeur en francs, que l’inflation avait grignotés. Dans les années 1960, 20 % de la somme prêtée a été remboursée et le solde considéré comme un don.

Le 12 juin 1947 la France lance son plan de la reconstruction, le gouvernement provisoire (GPRF) crée, dès octobre 1944 le MRU (ministère de la reconstruction et de l’urbanisme, puis il est modifié en 1945 dans l’objectif de regrouper les services de la délégation générale à l’équipement national (DGEN) et ceux du commissariat technique à la reconstruction immobilière. Il devient en 1955 le ministère de la Reconstruction et du Logement (MRL). Ce ministère fut le premier à utiliser la communication médiatique avec les images des taudis de l’après-guerre tout en valorisant l’image des chantiers. Ce ministère met en œuvre un vaste plan de construction d’habitations (dont les habitations à loyers modérés) et d’établissements scolaire et d’hôpitaux.

Ainsi dans la culture familiale, il est raconté qu’André apporte sur le lit de maternité à Madeleine l’acte de propriété du pavillon d’Eaubonne sur plan qui mettra près de 2 ans à se réaliser et restera la résidence de la famille jusqu’au déménagement de l’entreprise Rochas à Poissy en avril 1968 et celui de la famille à Andrésy (78). Pour mémoire le pavillon d’Eaubonne faisait partie d’un programme collectif d’une cinquantaine de maisons individuelles dans une zone nouvellement urbanisée…

A la fin de la guerre, il est important de garder en mémoire que certaines des mesures contraignantes au regard des libertés individuelles sont maintenues, les tickets alimentaires avec des portions congrues par famille (fin du rationnement du pain en février 1949, suivi en mars-avril de celui des corps gras, puis du lait et du chocolat), les autorisations ou obligations de travailler avec un enregistrement obligatoire auprès des mairies, l’essence est toujours rationnée, les prix bloqués pour lutter contre le marché noir… les populations assistent à un grand écart entre deux versants, un besoin impérieux de liberté et de vivre des populations et les instabilités engendrées par les insurrections et les révoltes de par le monde, les émeutes en Algérie, l’intervention de troupes à Saïgon puis au Tonkin, l’insurrection de Hanoï, le début de la guerre d’Indochine, la révolte de Madagascar. Sur le plan intérieur, des mouvements de révoltes surgissent dans la société comme dans les entreprises, des grèves et mouvements sociaux (1947 et 1950) pour faire augmenter les salaires, la fin du rationnement de l’essence (1949), paradoxalement, ce qui entraîne certainement sous l’impulsion du Parti Communiste et socialiste la création de la sécurité sociale (1945), le droit de vote des femmes (1946), la fermeture des maisons closes (1946), la création de l’allocation prénatale et celle de maternité. La vie industrielle et matérielle suit cette dynamique de créations et de développement, car bien que l’alimentation représente encore 40% des dépenses d’un ménage, ils acquièrent aussi des biens de consommation prévus pour leur facilité la vie, en 1954, 7,5% des ménages possèdent un réfrigérateur et 8,4% une machine à laver. En 1952, sort la première lessive de synthèse, en 1953 la cocotte Seb et la poêle Tefal en 1954. Le stylo bille devient un produit de grande consommation et en 1953 la pratique du crédit se généralise. Au niveau de la vie culturelle et du mouvement intellectuel, les créations sont denses, la musique est plus légère en invitant à la danse et les filles portent de plus en plus le pantalon…

Je me souviens d’une question à André un soir de repas familial concernant un mouvement de jeunes à la sortie de la guerre. En classe je venais d’apprendre l’existence de ce mouvement revendiquant des changements dans les comportements autant que vestimentaires, les zazous. « Papa as-tu été zazous dans ta jeunesse ? » – il me répondît désabuser : « Mais non, j’étais caché dans les bois pour éviter d’être envoyé en Allemagne !! » …et rien d’autres. Sujet difficile à aborder – pudeur légitime de parents, à parler de malheurs quand l’espérance d’une vie meilleure est la clé de voute de toute une population ? ou tout simplement envie d’oublier ? cette période était difficile à aborder, pudeur légitime à parler de malheurs, quand l’espérance d’une vie meilleure remplie toutes les têtes ? ou tout simplement oublier ? Les « 30 glorieuses » entraient en vigueur avec une rare exclusivité, oubliant les pauvres et les exclus du système, déjà ! A l’occasion des travaux de construction, une main d’œuvre bon marché et docile était importée en masse des pays qui furent des colonies française pour occuper les postes d’une industrie florissante et tout le peuple européen avait le regard tourné vers cette ascension sociale promise par une école publique toute puissante.

3.6- Les vacances avant et après la voiture

L’entraide dans la famille n’a jamais été un mot vain… Après l’achat du pavillon, Madeleine a reconnu que des moments ont été difficiles, donc pas question d’acheter une voiture individuelle quand bien même la famille commençait à s’équiper. Ainsi fut pris la décision de transporter la famille jusqu’à son lieu de villégiature le temps des congés payés. Le couple avec deux puis trois enfants a été véhiculé par la tante Simone et l’oncle Tonin pour un voyage aventureux vers Brétignolles… puis Cayeux sur mer. Dans la petite Dauphine du Tonton Tonin, on chargeait outre les membres de la famille concernés soit sept personnes dont un bébé, mais aussi les bagages, le landau du bébé, et on revenait avec quelques jouets de plage. La motivation était évidente, on ne pouvait pas laisser des travailleurs sans vraies vacances au moment des congés payés, les enfants avaient besoin de changer d’air pour se fortifier avant l’hiver, etc… toutes les raisons étaient avancées pour convaincre le ou la plus récalcitrante !! (s’il y en avait) – Les salariés de la presse avait une très forte culture syndicale et des valeurs de partage et solidarité.

Car en effet, La tante Simone Favre devenue Gauthier, sœur jumelle de notre grand-mère maternelle Marthe Favre était brocheuse et syndicaliste chez Aurore pendant que Tonin son mari était Responsable des départs-presse.

En 1961 la voiture est entrée dans la famille au plus grand bonheur de chacun de ses membres. Les vacances pouvaient être organisées !! ainsi fut fait avec une visite au grand père Lucien parti vers le sud pour vivre une retraite au chaud.

Ces vacances ont été un bonheur indescriptible !!! Non seulement les parents étaient sereins et joueurs, mais les adultes rencontrés étaient aux petits soins envers les pitchouns.

3.7- Les fêtes de familles avec les branches Collinet/Prêtre/Gauthier,

  • Les dimanches en famille avec les Prêtre, et les déplacements en 4chevaux,
  • Les weekends en famille avec les Collinet d’Etréchy,
  • Les 60 ans du grand-père,

Notre enfance fut rythmée par les fêtes de famille… tout était prétexte, baptême, communion (bien que je n’aie jamais vu mes parents mettre un pied dans une église en dehors de ces événements, fête du vin et de la mise en bouteille, anniversaires, ou tout simplement la fête du dimanche !! et les grandes tablées du dimanche midi se terminaient systématiquement par des chants. Chacun avait sa chanson qu’il devait chanter debout devant tout le monde, le refrain repris en cœur. Avant la voiture, les déplacements vers les invitations sont moins aisés, Madeleine et André à peine mariés ont eu la joie de la première naissance, de la seconde puis ainsi de suite, quatre enfants comblaient leur vie en moins de 7 ans. Les voyages en train je m’en souviens à peine, une gare, une locomotive à vapeur, un changement de train entre Eaubonne et la gare Saint Lazare de Paris… se sont inscrits dans ma mémoire par touche de couleurs plutôt sombres, sans plus. Toutefois, les voyages en 4chevaux m’ont vraiment laissé un souvenir indélébile. Des deux côtés parentaux, les tantes ou oncles et grand-tantes étaient nombreux auxquels nous rendions visite au moins une fois l’an…

Les déplacements en 4chevaux, Suivant le lieu de résidence de la famille à visiter, et le lieu de l’invitation, les réunions s’échelonnaient chez les uns puis chez les autres, à tour de rôle. Toutefois il y avait des spécificités…. Les dimanches à Paris ont connu les déplacements en 4chevaux, mes parents et les 3 enfants que nous étions s’entassaient dans la petite voiture pour nous conduire à Paris 15ème chez les Prêtre. Raymond venait nous chercher et nous reconduisait à Eaubonne en fin de journée, très tard après le dîner. A l’époque la voiture me semblait grande et spacieuse… je n’étais encore qu’une toute petite fille de moins de 7 ans !!!

Les rencontres sur un weekend, Les cousins d’Etréchy habitaient plus loin, de l’autre côté de la région Ile de France, un jour les parents ont décidé qu’une journée ne suffisait pas et la fête s’est passé sur un weekend, toute la famille d’Etréchy arrivait en train de leur lointaine banlieue et ne repartait que le dimanche en fin d’après-midi… tout un weekend de folies et de joies de se retrouver pour presque 2 jours. Quand le déplacement était pour nous, nous avions le droit à la virée de toute la région où mon père nous faisait des commentaires sur tous les domaines qu’il avait côtoyés avec des anecdotes pour chacun.

Il y avait aussi les visites et les invitations dans la famille Provoost-Favre… Le frère Jean, le cousin bien aimé Dédé, mais aussi toutes les tantes et grand-tantes qu’il fallait visiter et inviter au rythme du livret de savoir-vivre bourgeois tel que décrit dans un livre de la maison. Quand la réception se passait chez André et Madeleine, elle cuisinait presque toute la semaine qui précédait en préparant d’avance ce qui pouvait l’être. A cette époque, un repas était encore constitué de l’apéro, entrée froide en charcuterie et crudités, entrée chaude, plat avec légumes verts, pommes-de-terre et viande, salade, fromages et desserts qu’elle faisait elle-même dans leur intégralité. Comme toutes les femmes de cette époque d’ailleurs ! le repas se prolongeait bien souvent au-delà des 16 heures, en chansons, et 2 heures plus tard les pères proposaient l’apéro pour arroser le repas du soir. Entre temps, des « rafraichissements » avaient été proposés et acceptés, en eau gazeuse, jus de fruits ou bière. Pendant les rafraichissements, les femmes se retrouvaient à la cuisine pour faire la vaisselle et ranger un peu la cuisine et les restes. Pour compléter ces dimanches d’invitation officielles, ils s’organisaient aussi les moments spontanés de rencontre à la campagne donc au pavillon d’Eaubonne où chaque maîtresse de maison fournissait sa spécialité de cuisine pique-nique… Paulette s’était spécialisée dans des pizzas immenses, remplies de bonnes choses savoureuses !!! Et en dessert, la punition, surnom familial du gâteau breton, le fameux far aux pruneaux.

Ces fêtes de famille ont été des moments privilégiés où les enfants se retrouvaient entre eux, à chaque rencontre, c’était au moins 8 enfants dans le jardin qui organisaient chahuts et rigolades, les sentiments de liberté et de joies explosaient tout au long de la journée. C’est aussi mes premières visites de Paris avec ma cousine Babette au cours desquelles j’ai découvert quartiers et musées tels le palais de Chaillot et le cinéma d’art et essai qu’il hébergeait au fond de son square, ainsi que le petit kiosque de Guignol à droite au fond du champ de Mars… Au cours de toutes ces rencontres, ce sont les seuls moments où Madeleine était joyeuse, souriante et détendue, la différence de comportement entre le quotidien et les jours de réception ont certainement forgé ma volonté de ne pas devenir mère au foyer !!

Les 60 ans du grand-père Lucien, A l’approche des 60 ans de son père Lucien, Madeleine apprend qu’il souhaite organiser une grande fête en invitant sa famille et ses copains. Ainsi nous nous sommes rendus à cette invitation dont je n’ai pas été informé de l’organisation, à l’époque on ne parlait pas aux enfants… mais cette grande tablée remplie de personnes joyeuses a imprégné ma mémoire par des anecdotes particulières. Les fotos montrent des visages joyeux, des mimiques de chants, l’événement qui m’a subjugué était un étalage de cigarettes de type gauloise déposé sur la table et offerte à la consommation par l’un des invités qui travaillait à la régie du tabac. Mon père fumait et j’ai été chaleureusement invitée à me servir copieusement avant de partir, je ne sais pas si mon père les avait fumées car il appréciait les gitanes et moins les gauloises ! C’est tout le souvenir conservé de cet événement qui a regroupé ma mère et une partie de sa branche familiale, les aînés de ses enfants, son frère Jean et sa femme, les enfants étaient trop jeunes ainsi que plein de personnes qui semblaient m’aimer sans que je les connaisse…

Lucien, mon grand-père aimait la fête et les soirées entre amis (ou famille). C’est un gars qui rendait service, un gars de confiance, un brave type. Ces qualités reportées en période de guerre, on peut situer le couple dans un environnement cordial, où chacun rendait service en améliorant le quotidien. En effet, la grand-mère Marthe Favre travaillant dans la presse pouvait apporter un journal quotidien, voire de temps en temps, Lucien en tant que conducteur de bus avait des trajets obligatoires à fréquenter régulièrement… ils étaient débrouillards et pouvaient échanger des doses supplémentaires des rations prévues par personne contre un tas de petits services !! Dans la famille, au niveau de la génération des enfants de la guerre, il est reconnu que Lucien pratiquait le marché noir. Pour le plus grand bien de tou.tes.

3.5- Rencontre avec mon grand-père maternel, Lucien Provoost

Un divorce violent et destructeur,

Suite au divorce de mes grands-parents maternels (en 1948 elle avait 34 ans) les enfants avaient été réparties entre le père et la mère. Jean le frère ainé avait rejoint son père, Madeleine était restée avec sa mère. Un jour de confidence, elle avait expliqué qu’elle ne supportait pas les divorces car l’un des deux souffrait… et à ce moment elle avait raconté qu’elle avait vu ses parents se battre, son père taper Marthe, la traîner sur le sol par les cheveux, la scène était si horrible qu’elle la revivait tout en parlant, un visage bouleversé. Pour autant elle avait « choisi » le camp de sa mère en acceptant de vivre avec elle et a toujours gardé une rancœur contre son père et son frère… Mon oncle Jean venait souvent à la maison tant qu’il a été célibataire, il nous apportait un jouet pour chacun à noël, avec un jeu de société en plus pour tous. Une fois marié, les invitations se sont espacées avec des repas pesants et lourds !! Il me semblait que personne n’avait rien à se dire et nous enfants nous n’avions rien le droit de faire, surtout pas monter à l’étage où se trouvaient les chambres, pas de télé, pas de jeux mis à notre disposition… enfants sages autour de la table… Jean était dans la police et avait suivi une formation pour être muté dans un service d’imprimerie. A ce titre, il établissait toutes les invitations des cérémonies officielles et fêtes de famille, et parfois les menus. Des souvenirs fugaces le représentent en homme joyeux, heureux de voir sa sœur, ses neveux nièces et beau-frère, mais au fur et à mesure des années, l’alcool et le tabac ainsi peut-être que son couple ou la vie, l’ont transformé en un homme taciturne, bourrus, silencieux.

Les vacances chez le grand-père Lucien, Sur le support de mes souvenirs il me semblait que je n’avais pas vu mon grand-père maternel avant notre visite avec la Ranch (Simca) familiale et les quatre enfants, donc les vacances de 1961… Or les fotos retrouvées démontrent le contraire, il apparaît sur des fotos lors d’une fête de famille au pavillon d’Eaubonne avec Francis encore bébé en 1959 ou 1960. Soient ils avaient repris contact soit ma mémoire me trompe !! sur ces fotos, lui présenté comme un personnage maléfique est pour autant plein de tendresse dans ses gestes envers ses petits-enfants. Cet homme avait comme on dit pudiquement, refait sa vie, avec une femme pour laquelle Madeleine avait des difficultés à nous présenter comme notre grand-mère, ainsi son appellation fut « grand-mère » sans fioriture ni tendresse de sa part. Mes souvenirs d’elle, sont d’une femme simple, qui prenait soin de sa maison et de son mari, aucun mot vindicatif ni aucune tension ne présagent la fin tragique qu’elle s’est donnée. Mes souvenirs sont bien plus vifs de notre premier séjour chez eux pour les vacances de 1961, dans la maison du Crestet dans le Vaucluse. Une maison simple, avec une pièce à vivre encombrée et toujours sombre, une chambre à coucher jamais ouverte et surtout une grande terrasse où la vie se passait !!! Toutefois, la seule salle de bain présente dans mes souvenirs était le bassin genre grand bac-lavoir avec un robinet d’eau froide et un emplacement bricolé en douche constitué par un seau et un pommeau de douche… ce montage était installé au fond de la cour fermée qui entourait la bâtisse. Cette année-là nous avons débarqué avec la tente de camping, une famille de 6 personnes dont 4 enfants en bas âge et nous avons été accueilli à bras ouverts, très chaleureusement, de vrais grands-parents qui nous défendaient devant des parents exigeants et nous passaient toutes nos exigences d’enfants. Ainsi nous avons vécu les apéritifs sur la terrasse, chez les voisins-amis, les sempiternelles parties de boules entre adultes où cette fois les enfants étaient particulièrement évincés, vers nos grenadines sans cesse renouvelées envers et contre notre mère qui remerciait chaleureusement en prétendant qu’un seul verre était suffisant !!! Les pitchounes avaient tous les droits et étaient regardés avec bienveillance et patience ! j’ai compris plus tard la prudence des adultes envers la dangerosité du lancer des boules de pétanque… chaque partie était savamment arrosée d’une nouvelle tournée de pastis fait maison, mais à 7 ans, je ne connaissais pas les conséquences de l’alcool sur l’attention et la vision. L’ambiance était chaleureuse, conviviale et bon-enfant, y compris envers les enfants qui avaient droit à leur apéro de grenadine autant qu’ils le souhaitaient, « mais ils ont soif les pitchouns !! il faut qu’ils boivent ».

En tant que grand-père, je m’en souviens comme un homme plein d’attention et d’émerveillement, il m’a offert ma première montre, mais aussi mon premier couteau de poche, un merveilleux couteau en acier, tout brillant qu’il a fallu que j’échange contre 20 sous pour ne pas casser l’amitié !! c’est lui aussi qui m’a offert une cigale dans une boite d’allumette qu’il m’a glissé dans la main comme une merveille ! Ces bestioles qui avaient enchantée mon été de leur chant si particulier. Il nous regardait avec tendresse mais par contre, n’a jamais entamé un jeu avec nous… il a dû nous questionner sur l’école, les réussites ou les amitiés au sein du milieu scolaire, puis retournait vers le monde des adultes qui se partageait l’apéro !! Mes frères et sœur ont des images précises et fugaces de ces moments, malgré leur très jeune âge, de 6 mois au 4 ans de la plus jeune, Martine. L’une se souvient du soleil et de la chaleur, tandis que Christian (de 4 ans à 7 ans) plus distinctement évoque la mort du lapin, pendu par les pâtes arrière à une branche après avoir été assommé d’un coup violent contre une pierre puis dépecé devant nos yeux atterrés… il se souvient aussi des jeux dans la rivière où coulait une eau glacée qui nous rafraichissait avec délice. Nous construisions des barrages avec les pierres pour retenir l’eau dans un petit bassin permettant ainsi de s’allonger dans l’eau. A Vaison la Romaine, il y avait les apéros à la terrasse du troquet, souvent avec les copains de Lucien, où pastis et grenadines coulaient à flot, bien que notre mère ne chérissait pas du tout ces moments, et il y avait aussi les départs matinaux du grand-père avec le camion de ramassages des ordures ménagères, sur lequel le grand-père sautait allègrement pour compléter sa retraite !! Tous ces moments étaient légers, tendres, et joyeux, tout le monde avait sa place, même les enfants. Ces vacances au Crestet qui se sont renouvelées chaque année pendant 4 ou 5 ans nous faisaient traverser la France pour leur rendre visite, après les 2 années passées à Cavalaire, sur la route du grand-père, un incendie s’est arrêté au bord de notre camping et notre père a considéré que la côte d’Azur était trop dangereuse… dès que la ranch-Simca a intégré la famille, sans être les premières vacances, se ne furent pas les dernières… Les vacances sont toujours un moment agréable et convivial !!! Sur la troisième foto ci-dessous la famille Prêtre était venue nous rejoindre… que des bons moments !

Lucien Provoost quitte le Crestet, suite au terrible choix de sa compagne de mettre fin à sa vie par pendaison, pour un retour à Paris puis une installation dans le nord, une petite ville, Frévent. Lucien y restera jusqu’à sa mort en 1982.

Le village du Crestet, La commune de Crestet est située au sud de la route départementale 938, entre Vaison-la-Romaine et Malaucène. L’autoroute la plus proche est l’autoroute A7, sortie no 21 Orange centre. Village allongé qui n’a qu’une seule rue, Le Crestet s’est développé le long de la route départementale allant de Lamastre à Boucieu le Roi et celle reliant Lamastre à Tournon. Le Crestet est point de passage obligé pour la liaison entre ces communes. Le village s’élève à 565 mètres d’altitude. Le Crestet se divise en trois grands hameaux : son village – le hameau de Monteil et le quartier des Bois des bancs. Le dernier recensement nous donne une population de 545 Habitants éparpillés sur 934 Hectares. N’hésitez pas à venir arpenter sa ruelle en passant devant l’église avec sa croix du 17ème siècle inscrite au patrimoine des monuments historiques. Flâner dans l’impasse qui mène à l’ancien lavoir pour déboucher sur la place publique avec un panorama saisissant sur les gorges du Doux. Vous pouvez prolonger votre balade jusqu’à la crête des 3 croix. La place publique est aussi le départ d’une balade, dans la fraîcheur des sous-bois et ponctuée de très beaux points de vue, qui rejoint l’ancienne voie du Doux en Crête. De vieux châtaigniers vous accompagneront ça et là pour 3 h 30 de marche. Au retour, n’hésitez pas à vous rendre au hameau de Monteil où son église du 13 – 16ème siècle vous attend. Vous pourrez partir à la découverte d’un très beau méandre du Doux et ses pentes abruptes et rocailleuses sur un petit sentier de 1.6 km.

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Crestet

La Famille du nord de Lucien,

Ses origines du nord, on n’en parlait pas en famille… et personne ne se connaissait ! La rumeur officielle était un départ de Lucien pour ne pas mourir de la silicose, mais sa ville d’origine n’était pas une ville de mineur… quel est le secret qui le pousse à quitter précipitamment sa région d’origine, de laisser famille, amis, et connaissances pour se perdre à Paris ??? Une année de vacances au Crestet, nous y étions en même temps que l’un de ses cousins présent avec son fils, ils étaient venus en visite dans une voiture décapotable de toute beauté. Lors d’une de leur sortie ils me proposent de venir avec eux, et j’accepte contre la volonté de mes parents, ils n’avaient pas dû être trop impératifs car je devais avoir moins de 10 ans… et pour moi ce fut un bonheur de luxe et d’autonomie, je me suis sentie grande !!!! seule sur la banquette arrière, les cheveux au vent, j’accompagnai deux hommes dans une virée en voiture. Un pur bonheur !! En rentrant il me semble avoir dû subir des remontrances de ma mère qui n’avait pas du tout accepté cette escapade… mais qu’importe. Mes seuls souvenirs de la famille du nord de mon grand-père.

Lucien nous a rendu quelques visites à Andrésy, j’en garde peu de souvenirs hormis un sentiment profond de rancœurs et d’exaspération de Madeleine, pour autant elle n’a jamais considéré que son remède du matin, un petit verre de pastis pur à jeun, représentait un indicateur d’alcoolisme.

La voiture et la famille Collinet…

La voiture est arrivée à la suite de la naissance de la petite sœur, Martine (1961) ! Une fois à la maison, elle a participé à toutes les sorties de la famille, ici voici la Ranch au garage, puis la Ranch en piquenique, ensuite la Ranch en pause repas, la Ranch sur le pont de Tancarville et pour finir, la Ranch appareillée pour un départ en vacances…

5.2-Structure de la présentation, le sommaire

1-André Collinet, sa jeunesse et ses ancêtres,

Présentation d’André Collinet,

1.1-Son enfance en boulangerie,

1.2-André, ses souvenirs sur les ancêtres,

  • Les origines de la lignée ascendante versus Cochin, (version d’André),
  1. 3-Son adolescence laborieuse avec les fêtes du village et les copains,
  • La période des petits métiers et d’acquisition des expériences,
  • En rentrant chez Rochas en juin 1949,
  1. 4-La période de guerre, période de tous les dangers et des amitiés
  • Les zazous contre les fêtes du village,
  • l’évitement du travail obligatoire dans le cher et les faits de résistances,
  • La famille, son père, sa mère, sa sœur Paulette, son frère Lucien, et ses oncles et tantes…
  1. 5-Sortie de guerre, le service militaire, mariage de ses frère et sœur,
  • La faillite du commerce des parents Rémond Collinet/Madeleine Cochin et les conséquences familiales,
  • Version d’André et Madeleine avec autres souvenirs,
  • La rencontre de sa soeur, Paulette et Raymond Prêtre,
  • Le service militaire à 25 ans… en sortie de guerre, durée 5 mois (du05/09/1945 au 23/01/1946)
  • Notations illustrant le dos des fotos de ce service militaire,

2- Mado, sa jeunesse et les ancêtres, la famille Provoost-Favre,

2.1- Mado, Son enfance avec les cousins et les ancêtres,

2.2- La période de guerre à Montreuil,

  • Le temps de la retraite rémunéré,

2.3-Les fêtes de fin d’année chez Rochas et la rencontre de leur amour,

3-Génération 1950, les mariages et l’arrivée des enfants,

3.1- Les fiançailles, les mariages, et les anecdotes de famille,

  • La décision du mariage,
  • Les fiançailles vues par la sœur d’André,
  • Le mariage de son frère Lucien,

3.2- Madeleine, sa vie de femme mariée, ménagère et notre mère et grand-mère,

  • Les débuts de sa vie de famille,
  • Sa capacité phénoménale en calcul mental,
  • Puis les différents mariages des cousins, cousines,

3.3- Journal d’André du voyage de noces 1952,

3.4-Les principes d’éducation du couple André & Madeleine,

  • Les transmissions du père,
  • Les transmissions de la mère,
  • Les grandes maximes d’éducation, dans le contexte des années 1950,

3.5- Rencontre avec mon grand-père Lucien Provoost,

  • Un divorce violent et destructeur,
  • Les vacances chez le grand-père Lucien,
  • La famille du nord de Lucien,
  • La voiture et la famille Collinet,

3.6- Les fêtes de familles avec les branches Collinet / Prêtre / Gauthier…

  • L’entraide dans la famille n’a jamais été un mot vain…

3.7-les Vacances, avant et après la voiture,

  • Les dimanches en famille avec les Prêtre, et les déplacements en 4chevaux,
  • Les weekends en famille avec les Collinet d’Etréchy,
  • Les 60 ans du grand-père Lucien,

3.8- les fêtes du vin,

  • Les fêtes Rochas,
  • Les fêtes du vin,
  • 3.9- Une fin de guerre qui n’en finit pas et un début de vie difficile,
  • Des débuts difficiles, le couple construit son nid,
  • Un contexte social et politique dense et incertains,
  • le plan Marshall, une aide financière aux pays détruits par la guerre,

4-Les fotos de la génération 1980, l’arrivée des petits enfants. (à développer !!)

  • 4.1- Le décès du père et mari,
  • 4.2- Les voyages de Madeleine avec ses petites filles,
  • 4.3- La revoyure de l’amie de jeunesse de Madeleine, Odette,
  • 4.4- La fête des catherinettes,
  • 4.5- Les cousinades et autres fêtes de famille,

5-Se repérer dans les ancêtres et les articles

5.1-Les arbres de Jeannine, et l’arbre de Marthe Favre,

5.2-Structure de la présentation, le sommaire,

5.3-La ligne de vie de la famille Collinet / Provoost

3.4-Les principes d’éducation des parents

1950 c’est la période des mariages mais aussi des naissances… ainsi en 1954 Madeleine met au monde son premier enfant, une fille pour laquelle André dira plus tard, « oui bien sûr un peu déçu, les hommes préfèrent toujours un garçon en premier enfant !! » sans haine mais avec une conviction sans faille !! tel qu’il est dit un peu plus haut, le couple vit dans une chambre d’hôtel suite à leur mariage… l’histoire familiale dira que le père apporte en cadeau de naissance l’acte d’achat d’une maison. Il avait signé pour un projet de pavillon à Eaubonne, et l’apporte en cadeau à sa femme sur son lit de maternité. Il faudra encore deux ans pour la livraison et l’emménagement de la famille dans ce pavillon. A cette époque, le pavillon n’avait ni le garage… ni la terrasse… ni la tonnelle…

Si les parents n’avaient pas de dissension envers les méthodes d’éducation, André avait de grands principes qu’il pratiquait au sein de la fratrie, quant à Madeleine ses axes d’éducation révélaient plus les conditions d’hygiène-propreté et du respect des adultes en général et à cette époque celui envers les personnes plus âgées, dont les tantes, oncles, à l’intérieur de la famille. Dans ce contexte, peu importait la parole des enfants !! Une autre époque.

En vrac, ce qui a été transmis par le père :

  • Le sens du pain, le haut et le bas tout autant que le dessus et l’envers. Ainsi il avait expliqué pourquoi on ne met pas un pain à l’envers, (concernant le pain, on a eu les explications…)
  • On attend 3 heures pour se baigner après manger… il avait eu un ami qui avait succombé à une mort immédiate lors d’une baignade,
  • La famille est plus sûre que les amis, car ils vous lâchent quand vous avez besoin d’eux,
  • L’éducation se fait par l’expérience, c’est en agissant que l’on se forge sa propre expérience, (cela devait venir des stages de scoutisme…)
  • Il racontait des blagues mais acceptait difficilement le blasphème, pour moi, André n’était pas croyant… mais plutôt en attente de preuves !! genre agnostique.
  • Il utilisait la technique de l’avocat du diable, lors de nos discussions en fin de repas du soir, jusqu’à m’en faire pleurer plusieurs fois ! (Cet apprentissage des groupes politiques d’extrême gauche a dû se faire au moment de sa période dans le cher, car ce n’est pas ni au scoutisme ni chez Rochas et encore moins au service militaire qu’il a côtoyé ce genre de doctrine !) – A ce titre, au moment des grèves de mai 1968, j’ai entendu sa femme, Madeleine meurtrie par les huées du piquet de grève qu’il était obligé de traverser en m’expliquant, « s’ils savaient comment il doit cacher ses véritables idées sur le sujet… il a renoncé à clamer ses valeurs pour progresser dans son boulot, et là il travaille pour assurer le moment de la reprise car les cuves de fermentation ont des cycles très sensibles !! » – En effet, André devait mettre en œuvre les différents Procèss sur les mélanges dans les cuves pour que le travail puisse reprendre au moment de la fin de grève… raison pour laquelle les responsables de ce mouvement, bon gré mal gré, le laissait entrer dans l’usine.
  • Son amour pour la forêt et sa connaissance des chants d’oiseaux, des différentes essences d’arbres, (c’est l’origine de mon prénom, Sylvie tient sa racine de la forêt en latin),
  • Passe ton bac d’abord !! Si j’avais eu mon bac, je serais devenu directeur.

Les principes d’éducation transmis par la mère, avec pour autorité, « attention je vais le dire à ton père ! » :

  • Rester propre,
  • Se laver les mains avant le repas puis après pour éviter de salir les murs
  • Ne pas toucher les vitres ni les portes de placards car on laisse des empruntes,
  • Faire la poussière tous les 2 jours et passer l’aspirateur tous les jours de vacances,
  • Un tour de rôle de vaisselle, vite contourner par les garçons qui allaient aux toilettes sans qu’elle réagisse,
  • Ne jamais rester sans rien faire, lire un livre étant de l’ordre du rien faire jusqu’au collège des garçons,
  • Dis bonjour à la dame,
  • Mets pas tes coudes sur la table, ni ton doigt dans le nez, ne pas parler la bouche pleine, etc…

Les méthodes d’éducation et leurs valeurs hiérarchisées

L’homme est supérieur à la femme car il est plus fort ! Je pourrais résumer ainsi la notion que Madeleine avait de l’égalité des sexes… « J’ai élevé mes enfants tous de la même façon ! » mais les exemples contraires sont multiples et notamment sur l’organisation de la participation aux tâches ménagères, les filles faisaient mais les garçons s’en abstenaient par le repli et le silence… au bout d’un moment elle se fâchait et les filles dressaient la table. Pour la participation des garçons à la vaisselle ils avaient perfectionné une autre méthode, dès que Mado appelait tout le monde pour la vaisselle, les garçons se précipitaient aux toilettes… et la vaisselle était terminée à leur sortie. Elle n’a jamais soulevé le phénomène !! pour l’anecdote, l’ainé des garçons avait mis en pratique le premier d’une façon discrète et silencieuse, quand le benjamin a compris la méthode, peut-être aux cris de dépit que je poussais en tant que fille ainée, il se précipitait sur la porte des wc dès les premiers signes de lever de table, ce qui provoquait une joyeuse bagarre à qui serait le premier à entrer dans ce lieu protecteur.

Il faut reconnaitre qu’il n’y a pas eu de modèle paternel aux tâches ménagères à la maison, jamais mon père n’a participé au dressage de la table, ni à la vaisselle et encore moins à la cuisine. Par contre, il allait de son conseil, notamment en matière de pâtisserie, quitte à rester un moment auprès d’elle pour veiller à la transmission de sa technique.

Par contre André a voulu transmettre à ses enfants son goût du camping et de la vie en plein air. Tout autant que la connaissance des capacités à s’autosuffire dans la nature. Ses techniques provenaient des conditions de vie des scouts en passant par l’aménagement du camp, hygiène compris et organisation des repas dans la mesure du possible avec le résultat de nos récoltes en fruits de mer…

Ayant suivi les formations de cadres-jeunesse chez les scouts et/ou autres structures d’éducation jeunesse, André avait étudié sur les principes d’éducation. Toutefois, il regardait avec bienveillance toutes les expériences que ses 4 enfants pouvaient mettre en œuvre. Ses lieux à lui, le garage, la cave et son atelier étaient remplis de merveilles que nous avons tou.tes (enfin je pense !) fouillés, émerveillés par ces trésors ! Tout était accessible, outils, produits chimiques, pour mémoire il était chimiste, ou souvenirs de sa jeunesse… Pour éviter d’induire en erreur certains lecteurs, les produits chimiques étaient rangés sur une très haute étagère que les 2 aînés n’ont atteinte que vers leur 15 ou 16 ans !!! avec la première boîte de chimie. Et à ce moment que de mélanges nous avons pu faire !!!

Les grandes maximes d’éducation, un contexte contemporain en 1950

  • Ses maximes qui interprétaient les valeurs d’éducation – Ce matin, j’entends une petite voix dans ma tête, il est plus de 10h du matin et je ne suis toujours pas habillée …en tenue de journée !!
  • « Le monde appartient aux gens qui se lèvent tôt !! » – Cette phrase je l’ai entendue à m’en faire une indigestion. Bien que je préfère traîner le matin, à lire, travailler sur mon ordi, revenir sur un article à approfondir, je ne peux m’empêcher d’être gênée par le temps qui passe. Vite, vite il faut que je m’habille !!!
  • « Va te laver les mains, tu as les mains noires comme les choses à Taupin ! » – La propreté et le qu’en dira-t-on étaient des valeurs de base dans la maison… il fallait que les enfants et la maison soient impeccables tout au long de la journée et surtout au moment d’une visite d’une tierce personne. Pour elle il s’agissait d’un point d’honneur incontournable. Je l’ai vu totalement atterrée et mortifiée car un étranger, passant à l’improviste avait surpris sa gazinière tâchée.

Au sein d’une famille, ou de tout groupe, il y a le maillon fort et le maillon faible… Je souhaite ici parler de mon frère, Francis incompris de ses parents qui pourtant dégagea une énergie extraordinaire à solliciter un peu de reconnaissance de la part de son père et de sa mère.

André n’a jamais été très féroce (sévère ?) envers ses enfants, plutôt bon enfant et conciliant. Il partait du principe que le noyau familial était un milieu protecteur de droit et il protégeait ses enfants en laissant le rôle de l’éducation du quotidien à sa femme, il se contentait de son autorité naturelle. Pendant les vacances j’avais l’impression que l’air était plus léger, le carcan des interdits moins marqué, la discipline moins stricte. Jamais il n’a contredit l’autorité de la mère sans toutefois participer activement à « ses menaces », « attention, je vais le dire à ton père !! ». Toutefois, il s’en est pris souvent à Francis par des réprimandes, des propos insultants et des coups… Francis était un enfant puis un jeune adolescent chahuteur et taquin mais en recherche permanente d’attention et de signes d’empathie bien souvent jusqu’à l’exaspération de son allocuteur. Au collège, il se levait de sa place pour aller regarder par la fenêtre le vent, les nuages ou tout autre oiseau de lyre… incontrôlable et charmant, les enseignants avaient demandé un test d’intelligence que les parents ont interprété comme un test envers des capacités modérées. Or surprise, le résultat fut tout autre, il était largement au-dessus de la moyenne !! la réaction d’André fut catégorique et sans appel, « foutaise, s’il n’a pas de bons résultats c’est un con !! avait-il clamé avec rage ». Ensuite, tout le monde connaît le triste parcours de ce petit frangin, sa rencontre avec sa première femme, son grand amour, leur expérience dans la drogue, la naissance de son premier enfant, leur séparation mais pour lui la chute vers toujours plus de dépendance… jusqu’à une rémission qui aura tout de même duré plus de 15 ans, au cours desquelles il aura un second enfant, une fille Maëla, sa princesse, puis un décès brutal à 51 ans. Cette période fut dramatique pour les frère et sœurs car nous avions bien compris cette entrée dans la spirale infernale, mais restions démunis face à l’absence de prise en charge par les parents. Et son décès fut une descente aux enfers.

Sa volonté de transmettre à ses enfants les règles d’une autonomie en forêt ou en pleine campagne, l’été il plantait la tente familiale dans un champ privé avec l’autorisation du propriétaire et installait le cabinet de toilette et les toilettes sèches par un savant pliage d’une toile de bâche autour de 5 piquets préservant ainsi l’intimité nécessaire à ce lieu d’aisance. Arrivée à l’adolescence, je n’appréciais pas trop ces isolements volontaires… et j’avais adoré le séjour en camping dans les landes avec fêtes le soir qui permettaient de rencontrer des jeunes de mon âge et les premiers émois !!!

Les débats politiques, houleux en fins de repas, Mon père était de gauche, sa femme me l’affirma dès que nous abordâmes ce sujet après sa mort, en confirmant qu’elle ne savait pas comment je n’avais pas compris… il laissait tellement d’indices ! Les indices consistèrent à laisser traîner sur la table un bulletin de vote de Mitterrand sur la table un jour d’élection. En effet, je fus sidérée ce jour en imaginant, déconfite qu’il ne voterait jamais pour ce candidat puisqu’il ne l’avait pas pris !

A cette époque je commençais à prendre parti résolument pour les valeurs de gauche voire même la branche maoïste et tous les repas du soir se terminaient en débats houleux voire pire, de nombreuses fois je quittai la table en pleure… je ne vois pas comment cette méthode aurait pu me faire comprendre qu’il était du même avis que moi !! plus tard j’ai eu l’explication, par une source extérieure à la famille, un connaisseur en la matière m’expliqua qu’il utilisait la méthode de l’avocat du diable ou de la contre-argumentation pour développer mon sens critique… comment pouvais-je le comprendre, il s’y prenait d’une façon tellement spontanée et à 17 ans je n’avais pas ni la science infuse ni les règles de fonctionnement de la technique argumentaire des groupes de formation d’extrême gauche. Donc jusqu’à sa mort j’ai pensé que mon père était d’extrême droite !!

Il est peut-être utile de préciser qu’en famille, officiellement nous ne parlions jamais de politique et surtout pas l’expression des votes des parents. A cette époque l’éducation consistait à veiller à l’hygiène, la nourriture, la santé, et la discipline axée sur le suivi des ordres émis par les adultes ayant autorité ! mais la communication entre parents et enfants était pleine de sujets interdits, quant à parler de ses émotions, chacun était bien trop pudique. La période de l’adolescence fut un peu tendue !!! Un film retrace parfaitement cette ambiance de l’époque, que ce soit dans le contexte socio-économique avec la rupture des 30 glorieuses que les renoncements d’une grande partie de la jeunesse. Le film de Cédric Klapisch, le Péril jeune en 1994. L’incompréhension totale entre les parents et cette nouvelle jeunesse des années 70.

3-Génération de 1950, les mariages et l’arrivée des enfants,

A partir de 1950, la vie reprend son cours et les événements se précipitent… la guerre est terminée, les couples se forment, les familles se démultiplient et les enfants sont les bienvenus. Si les denrées de consommation courantes ont mis un certain temps à revenir sur les étals, le travail est très accessible et les payes font miroiter des ascensions sociales aisées à tous ceux qui s’investissent dans leur emploi.

De côté des Provoost-Favre, cela commença par le divorce de ma grand-mère, Marthe Favre qui rencontra un bel homme plein de joie et d’allant qui la fit rire et lui promit mille merveilles … elle divorça en 1948 dans la douleur et se maria avec Jean Lourtioux (en janvier 1950, il a 42 ans et elle 36, il exerçait le métier de policier), qui deviendra le père de la petite Simone, sœur de Madeleine, une grande sœur de seize ans son aînée. Leur amour sera bref sur l’échelle du temps, son nouveau mari accusé de corruption, fut jugé, purgea une peine de prison et fut révoqué de la fonction publique. Sa femme, Marthe travaillait et fit vivre sa petite famille jusqu’à ce drame mortel, en 1956 qui provoqua son décès… Madeleine gardera une grande rancœur et profonde blessure envers les séparations. Un mariage, c’est pour la vie qu’elle nous répétait sans cesse !! S’il y a divorce l’un des deux souffre trop… elle a vu ses parents se battre et son père ivre de rage, tirer sa mère au sol par les cheveux.  A cette époque, de nombreux membres de la famille de Madeleine vivaient dans des petits logements rue Galliéni à Montreuil.

Au cours de leur vie, plusieurs avaient acheté leur logement, Nénette (Jeannette Bartholomeüs 1890-décédée au cours de la décennie 1960) qui se fait offrir un logement par son amant, René Coty qui entrera au gouvernement de la 4ème république. Nénette exerça un métier en bonneterie et sous-vêtements qu’elle vendait sur les marchés, sa sœur Pauline Guelle, la grand-mère de Madeleine, jean et André Gauthier, ses nièces Simone Favre, Marthe y trouvèrent aussi un logement où elles vécurent avec leur famille, puis Jean commença aussi sa vie dans un petit appartement en RDC de cet immeuble. Lucien Provoost après le divorce déménagea rue Girardot à Montreuil avant de partir dans le Vaucluse dès ses droits au repos rémunéré acquis, de cette appellation en espagnol bien plus prometteuse que celle en français, la jubilation. Madeleine et André en se mariant en 1952 sont touchés de plein fouet par la pénurie de logement, ils commencèrent leur vie commune dans une chambre d’hôtel rue Montmartre, avec un matelas plein de punaise, puis au moment de la naissance du premier enfant en 1954, la tante Simone leur prêta sa maison de campagne, un petit pavillon de banlieue à Chennevières sur Marne dans l’attente de la construction de leur propre pavillon d’Eaubonne. Ils emménagèrent dans leur « Home sweet-home » au cours de l’hiver 1954 avec de la glace dans les robinetteries tous les matins en raison de la rigueur bien connue de cet hiver-là, mis en valeur par l’appel de l’abbé Pierre.

3.1- Les fiançailles, les mariages, et les anecdotes de famille

La décision du mariage, Son diplôme de chimiste en poche il revient chez Rochas en mars 1952 mais en tant que préparateur en parfumerie. Entre temps Madeleine avait un peu vieillie… car quand ils se sont épousés en janvier 1952 ils avaient respectivement 17 ½ ans et 31 ½ ans. Mais son frère et sa sœur s’étaient eux aussi trouvés boulot et maris, ce qui le libérait de ses obligations de chef de famille. Il ne restait qu’une organisation entre eux trois pour héberger la mère sans revenu, car en tant que femme de commerçant, il n’y avait aucune protection sociale, puisque c’est après 1981 que Mitterrand a incité à trouver un dispositif pour les indépendants et leurs épouses.

Les fiançailles vues par la sœur d’André, Un dimanche est prévu pour qu’André vienne pour un repas dominical en famille. Dix jours avant, il proposait de leur présenter une jeune femme qu’il fréquentait, huit jours avant il expliqua que ce serait bien si sa mère et sa sœur viennent car elles vivaient ensemble et Madeleine élèvait sa sœur le jour pendant le travail de nuit de sa mère… puis la veille, il proposa d’inviter la sœur jumelle de sa mère et son frère et les conjoints afin de faire rencontrer les familles, en tant que repas de fiançailles ! A ce souvenir, Paulette lève les bras et les yeux au ciel en envisageant tout le travail nécessaire pour accueillir autant de monde pour un évènement si important en une nuit !! Et les desserts, et le repas pour 20 personnes, et la table à arranger pour un repas festif…

Mariage du frère d’André, Lucien le jeune frère (né le 02/08/1924 à Limours) qui se marie avec Jeannine Lévier (née le 13/04/1928 à Vitré) le 17 juin 1953 à St Quentin de Chamarande.

3.2-Madeleine, sa vie de femme mariée, ménagère et notre mère et grand-mère,

Les débuts de sa vie de famille, A la naissance de sa petite sœur, Simone, dont Madeleine s’est occupée en soirée et nuit en raison du travail nocturne de sa mère, elle avait 16 ans, commençait à vivre les émois de l’amour mais la vie n’est pas un long fleuve tranquille, sa mère part au travail sur la route habituelle, elle en solex, une camionnette la renverse sur le rebord du trottoir et c’est la chute mortelle. Madeleine a à peine 22 ans, est mariée depuis 3 ans avec un enfant de 18 mois, toutefois elle prend en charge cette enfant, comme son enfant… j’ai eu une grande sœur pendant des années !! Entrant à 6 ans à la grande école, l’institutrice (Mme Boucher) me demanda des nouvelles de Simone, comment allait-elle… je me souviens être restée stupéfaite devant cette question car elle ne vivait plus à la maison, à cette époque on ne donnait pas d’explication aux enfants… les silences ou secrets de famille sont par nature maltraitant, que c’était-il donc passé pour briser ainsi l’harmonie d’une famille. Questionnée à ce sujet Madeleine avait juste murmuré, dans un premier temps son père a voulu reprendre sa fille car il s’était installé avec une compagne, puis lors d’une nouvelle séparation ils ont fait une réunion de famille et ont pris la décision que ce serait mieux en tant que sœur jumelle de confier la garde de l’enfant à la tante Simone… absence de mots, silence institutionnel, Madeleine était enceinte du second enfant et semblait n’avoir même pas participé à ces échanges… un mystère planait, des questions jamais élucidées… en effet pourquoi ??? Ensuite cette sœur réapparaissait pendant les vacances scolaires que nous passions ensemble jusqu’à l’adolescence.

Sa capacité phénoménale en calcul mental, En tant que mère au foyer, il fallait réciter les leçons le soir auprès d’elle… mais là où elle était redoutable c’était avec le calcul mental, par exemple en faisant les courses sur le marché, l’étal du commerçant ne disposait que de ces vieilles balances composé d’un plateau et d’un cadran triangulaire muni d’une flèche mobile suivant le poids et le prix en fonction des indications de ces deux parties… la flèche indiquant le prix au kilo, le fond du cadran côté commerçant, le poids (ou le contraire !!) donc portant la mention du prix à demander au client. Madeleine était capable rien qu’avec l’info sur le poids et le prix au kilo, de calculer au centime près ce qu’elle devait payer…

Et puis il y a eu les différents mariages des cousins, cousines… son cousin Dodo, son cousin Dédé, son frère Jean, …

1.5-Après la guerre, service militaire et mariage de ses frère et sœur,

La faillite du commerce des parents Rémond collinet/Madeleine cochin et les conséquences familiales.

Jusqu’au mariage de ses frère et sœur, André est devenu chef de famille à la mort de son père (1942). A ce titre, il remettait sa paye à sa mère qui entretenait la famille. Une fois je l’ai entendu dire qu’il ne pouvait pas se marier plus tôt, faute de quoi sa mère et ses frère et sœur n’auraient plus de moyen de subsistance. En effet, la boutique ayant fait faillite, et les parents se sont retrouvés sans un sou et sans indemnité. Je ne sais pas vraiment à quel moment intervient la faillite, sa sœur, Paulette le mentionne en 1937. Son père, Rémond Collinet était très malade et affaibli, pour mémoire il avait été gazé pendant la guerre de 14-18[1] et en était rentré malade et très aigri. Lors de confidences entre sa mère et sa femme (Madeleine Provoost) elle lui aurait confié que seule la parole donnée avant son départ à la guerre lui avait fait épouser. A son retour, il était devenu invivable, meurtri, aigri. (Voir aussi l’autre source, le site de Michel Prêtre sur Evernote : « Le livre de Maman » !)

Pour mémoire, le commerce regroupait trois activités, boulangerie/pâtisserie, épicerie et troquet. Ainsi le père s’occupait des derniers clients, qui pouvaient s’attarder au bar. Une fois il a mentionné la possibilité de quelques verres offerts et bus par le père, avec les conséquences que cela implique. Couché tardivement, il ne pouvait plus se lever pour pétrir la pâte, vers les 3 ou 4 heures du matin. Dans un premier temps la mère avait pris le relai, puis a demandé à son fils ainé de l’accompagner. C’est ainsi, qu’André a commencé des réveils (très) matinaux avec de nombreuses manutentions, que ce soit le pétrissage de la pâte ou la manipulation des sacs de farine de 50 kg, il avait 12 ans.

Il a toujours mentionné ces faits comme des obligations de responsabilité sans émettre le moindre signe d’aigreur ou de rancœur. Le respect de la famille et l’honneur était pour lui des valeurs incontournables et non négociables.

Dans ces récits, André présentait le travail comme une évidence, s’il tournait en dérision le plat de lentille contre son droit d’ainesse, il le faisait par une ironie joyeuse !! je n’ai jamais ressenti de regret ni remord de sa part d’avoir assumé cette (lourde) tâche. Toujours lors de confidences de sa belle-mère, Madeleine racontait que la mère d’André avait anticipé son avenir autour de son fils ainé, trop âgé (32 ans) pour se marier, elle avait pensé le garder auprès d’elle jusqu’au bout de sa vie. L’arrivée de Madeleine ne fut pas de tout repos, qui pour autant avait de son côté familiale l’habitude des grandes familles et des anciens puisque tous les cousins-cousines ont été élevés par la grand-mère pendant que les pères et mères travaillaient !!!

Version d’André et Madeleine avec autres souvenirs : Au moment de la vente du fond de commerce en 1937, la famille prend un logement en location à Chamarande, le père Rémond et le fils André partent travailler en tant que salariés chez d’autres boulangers. Paulette trouve un emploi à domicile en confection… au décès de Rémond, André fils aîné devient chef de famille jusqu’aux mariages de ses frères et sœur. A ce moment, la grand-mère Cochin, Madeleine, a été hébergée à tour de rôle par les 3 frères et sœur. Pour mémoire la protection sociale n’existait pas à l’époque pour les femmes d’artisans, elle n’avait donc aucun revenu. Madeleine Provoost a souvent parlé de tensions rageuses à son encontre car elle lui avait volé son fils préféré… En effet, en raison de son âge avancé (32 ans) elle s’était imaginé qu’il resterait à vie son fils aimant prenant soin d’elle. André travaillait en tant qu’ainé sur la fabrication du pétrissage dès 12 ans avec sa mère, puis en apprenti et ouvrier chez d’autres dès l’âge de 16 ans (relevés professionnels à l’appui). Ces premières années ont été reconnues en période d’apprentissage de 14 ans à 16 ans ½ car la scolarité était obligatoire jusqu’à 14 ans, néanmoins la pénibilité de ce métier l’en a dégouté à vie, bien qu’il n’ait pas manqué de nous transmettre toute une culture du pain, qui aujourd’hui encore me fait replacer un pain dans son sens de la hauteur autant que sur son endroit, « on ne laisse surtout pas un pain à l’envers, c’est un sacrilège !! » Il n’avait qu’un souhait, en trouver un autre mais ne voulait plus entendre parler de boulangerie… en effet comme il se doit à l’époque, il remettait l’enveloppe de sa paye à sa mère qui gérait le foyer. Il a fait plusieurs petits boulots comme valet, livreur de meubles, avant d’entrer chez Rochas pour être coursier. C’est là qu’il s’est inscrit aux cours du soir et weekend pour passer un diplôme de chimiste et obtenir un poste de préparateur en parfumerie chez Rochas.

La rencontre de sa sœur, Paulette et Raymond Prêtre,

Les deux garçons Raymond et André étaient amis d’enfance, ils ont fait leurs virées d’adolescents ensemble et les bêtises de jeunesse… et là vu la prudence imposée par mon père sur tous les principes de la santé et de la prévention, ils ont dû en vivre des situations dramatiques… mais ce n’est pas le sujet !

André se rendait souvent au château de Chamarande, là où le père de Raymond était cuisinier. La boulangerie (épicerie – bar) des Collinet livrait le pain au château, et André en tant qu’aîné a été sollicité très tôt pour participer aux différentes tâches de fonctionnement, livraisons, puis pétrin, … pour autant je n’ai aucun souvenir sur la dimension pâtisserie bien qu’il ait guidé sa femme, Madeleine envers la confection de pâtisseries. La partie livraison dont il s’est occupé très jeune je l’ai parfois entendu dire qu’après le vélo, il a conduit la fourgonnette bien avant même l’obtention du permis (travail oblige, il fallait bien livrer les commandes). De temps en temps il était accompagné par sa sœur ou Raymond venait jusqu’à la boulangerie, et c’est là, qu’il se connurent et se marièrent et eurent…

En tant que cuisinier, j’ai toujours eu l’impression que la famille de Raymond vivait dans le château… (lors de ses récits ce point n’était pas explicité… mais laissait entendre qu’ils y passaient beaucoup de temps, peut-être que les journées faisaient plus souvent 24 heures que 8 heures !!)

Dans les notes des Prêtre un autre château est nommé… mes souvenirs se sont peut-être un peu mélangés !! Dès que nous allions à Etréchy, nous avions droit au parcours de pèlerinage avec anecdotes et explications toutefois, l’enfant que j’étais, laissait s’envoler son esprit lors de ces discours que je trouvais ringards et inintéressants !!

Le service militaire à 25 ans… en sortie de guerre, durée 5 mois – du 05/09/1945 au 23/01/1946

À la vue de ces anecdotes, ce moment obligé fut une période désagréable et à contre-courant… il en laisse pour autant des fotos qui dégagent autant de cynisme que d’amitiés. Des récits, comme à son habitude sur son vécu, il n’en a quasiment jamais parlé… pas de longs discours sur ces sujets-là !! juste des anecdotes. A ce titre, une fois il expliqua qu’il avait repris l’ordre du sergent (ou autre gradé) car il le trouvait aberrant et dangereux… encore adolescente, mais déjà en pleine révolte ce court récit provoqua un choc en moi, que voulait-il transmettre, il est en train de nous expliquer que l’on peut présenter un contre argumentaire à son représentant de l’autorité, lui tenir tête, le désavouer ? raison pour laquelle sans doute je me souviens plus de mes sentiments à l’évocation de ce commentaire que du contexte familial où il nous l’avait raconté, sauf que c’était à table.

Notations illustrant le dos des fotos de ce service militaire :

  • mon conseil de révision le 14 janvier 1940
  • Nénesse, Mimile, Totor – le 22/12/1945 – 3 copains sur une barrière dans la rue,
  • Première photo en soldat ! Moi j’m’aime mieux en civil et vous ?
  • Irmenach[2] le 30 novembre 1945 – Un groupe de copains et une chenillette Brem Cerrier – 8 personnes sur la foto dont 7 sur le char,
  • Le 09/12/1945 – Et vous direz que je ne sais pas ce que c’est qu’un char !… – 4 copains sur le char et André debout devant le char,
  • Le 09/12/1945 – On est blindé ou on l’est pas !… – 5 copains devant un char,
  • Les montures du 2ème escadron du IV cuirassier, – rangée de 6 chars alignés,
  • Le 1er janvier 1946, Rousseau l’infirmier, Berthelot

[1] de nombreuses précisions sur le site de Michel !!

[2] IRMENACH : Irmenach est une municipalité allemande située dans le land de Rhénanie-Palatinat et l’arrondissement de Bernkastel-Wittlich. Portail de la Rhénanie-Palatinat. (Wikipedia)

2.1-Mado, Son enfance avec les cousins et les ancêtres,

Madeleine est gardée par la grand-mère maternelle, Pauline Guelle (1872-1954) qui gardait les enfants de ses enfants, au nombre de sept, car les femmes travaillaient. Ainsi cousins et cousines ont été élevé.es ensemble comme une joyeuse colonie de vacances ! Sur les fotos on ne retrouve pas Tous les enfants… n’apparaît qu’un ou deux individus en compagnie de Jean et Madeleine, frère et sœur, et le cousin Dédé. Ces 3 enfants venaient de la lignée du petit cordonnier savoyard Jean Favre (1875-1935), leurs mères, sœurs jumelles Simone et Marthe Favre.

Pour la petite histoire, cette grand-mère (Pauline Guelle) a eu deux maris et des amants dont un seul, a laissé son nom à une descendance, Jean Favre cordonnier savoyard, venu des Alpes (01) ayant reconnu ses filles à la naissance sans être marié avec la mère car elle bénéficiait de l’éducation gratuite pour les enfants d’artistes de son précédent mariage au titre de son métier de comédien, Gustave Guillo (marié en nov. 1898). Cette lignée en a fait une cause de mépris envers le petit cordonnier… mais je manque de développements en raison d’une rupture entre les 2 branches familiales au moment d’un décès et surtout du partage des quelques bijoux, ayant provoqué un silence et une absence totale de communication entre eux. Je me souviens seulement du ton hautain d’une vieille tante décrivant les personnages sur ses fotos recouvrant les murs de ses souvenirs people !! La famille de Pauline se composait ainsi des Guillo avec trois enfants, Emilienne, René et Félix, des Bartholomeüs avec deux enfants, Jeanne et Georges, puis Les Favre avec les deux dernières Simone et Marthe.

Madeleine doit se trouver au 1er rang à la 5ème position par la droite

2.2-La période de guerre à Montreuil,

Pendant la guerre, la famille Favre-Provoost ne manquait de rien, les parents avaient des économies qu’ils projetaient d’utiliser dans un achat de terrain pour construire, ils ont annulé le projet et conservé leurs économies pour vivre la guerre. Des souvenirs, Madeleine en avait bien sûr mais elle n’avait que 8 ans, suite à l’apparition de l’étoile jaune cousue sur les vêtements de cette amie, Madeleine se souvenait de la discussion avec sa mère, elle la revoyait lui expliquer qu’il ne faut pas rejeter ses amis sur de faux prétextes et que les personnes qui sont nos amis,il est important de les conserver en tant qu’amis !! Ces événements sont liés à la disparition de toute une famille, leur voisin, et de son amie Arlette… ils habitaient la grande maison juste à côté, le père était médecin et les enfants étaient amis. Un jour, toute la famille a disparu, ils étaient sans doute athées, mais d’origine juive… Jamais sa famille n’a proféré la moindre critique envers des français, le moindre reproche sur leur style de vie mais surtout n’a jamais incité les enfants à haïr. En dehors de ce contexte, certains souvenirs revenaient par bride, ou par émotions, tel que : dès ses 6 ans son frère la prenait par la main pour se rendre sur les lieux où les bombes tombaient… pour voir !! – dans les logements, les vitres entièrement recouvertes de papiers journaux pour filtrer toute lumière interdite dès la tombée de la nuit, en raison du couvre-feu – mais elle mangeait à sa faim, avait un manteau neuf à chaque hiver…

A un moment où le danger se précisait sur Paris avec des rumeurs de bombardements plus fréquents concernant les quartiers d’habitations, cela devait correspondre à la période de l’exode mai-juin 1940, les parents ont décidé de faire partir les enfants en lieu sûr, chez de la famille ou des amis en province… Malgré son jeune âge, Madeleine se souvenait du départ en voiture, celle de Tonton Tonin, vers une maison de famille du côté de St Nazaire, mais n’en eut pas vraiment plus de souvenirs en dehors de son traumatisme d’être séparée de ses parents et ses cousins, le genre de syndrome, toute seule au monde !

Le temps de la retraite rémunéré,

Les souvenirs de Madeleine au sujet de l’institution du dispositif des retraites, le régime général de la sécu, 50% du salaire, vécu par sa mère et sa tante (toutes les 2 sœurs jumelles- NDLR). Les femmes se sont mises à danser et chanter, « on va être riche, on va être riche ». Ils ont trinqué, les chants et les danses se poursuivirent dans l’allégresse, debout sur les tables en chantant « on va être riche, on va être riche !! ».

2.3-Les fêtes de fin d’année chez Rochas et la rencontre de son amour,

Dès ses 15 ans ses parents l’enlèvent du collège, où elle apprenait avec plaisir, pour la mettre au travail. Elle appréciait les apprentissages scolaires, mais à cette époque, les enfants ne discutent pas une décision parentale. Ainsi en 1949 elle entre chez Rochas grâce à sa tante Emilienne Guillo, en tant que magasinière. Là elle fait ses preuves et se fait remarquer pour son enthousiasme, ses capacités, et son autorité naturelle. Rapidement elle devient chef d’équipe et doit veiller à la rentabilité de ses collègues. C’est à ce moment qu’elle devient amie avec Odette que nous avons eu la chance de connaître et de fréquenter.

Cette période devient des moments de joies et de découvertes… Marcel Rochas a commencé son activité par la création de mode et de parfum, l’entreprise familiale favorise l’organisation des fêtes pour toutes les grandes occasions selon la tradition des métiers de la mode et la confection, les fêtes de fin d’année certes, mais aussi les catherinettes des filles non mariées à 25 ans, etc. De plus cette entreprise tourne fort et le luxe est source de richesse, les employés ne sont pas oubliés.

Au premier regard, du haut de ses 15 ans Madeleine Provoost tombe amoureuse d’André Collinet, qui venait tout juste d’être embauché chez Rochas à 29 ans en 1949 mais il la trouve un peu jeune à son goût et de plus il a la charge de soutien de famille !! Il lui laisse 3 ans pour réfléchir, sort de chez Rochas au bout d’un an pour se former aux métiers de la parfumerie et s’occuper de sa famille parentale dont il est responsable sur le plan financier à la suite de la faillite de la boulangerie et du décès de son père en 1942.

Il revient 6 mois plus tard, avec un diplôme de chimiste en poche pour se faire embaucher en mars 1952 en tant que préparateur en parfumerie. Toutefois le mariage ayant eu lieu en janvier 52, ils ont dû se voir entre temps !

1.2-André, ses souvenirs sur les ancêtres

Les origines de la lignée ascendante versus Cochin, (Version d’André), au niveau de son grand-père, Moïse Deletang – le brave homme était issu d’une famille de nobles qui a refusé un mariage avec une roturière. Se révoltant contre le rejet de sa famille il tient tête à sa famille et a néanmoins voulu l’aimer, sa famille l’a renié et déshérité. Malheureusement après lui avoir fait 6 enfants il a eu la malencontreuse idée de mourir en la laissant toute seule. (Peut-être a-t-elle eu un autre amant par la suite… si l’on se réfère aux souvenirs de Paulette !! rien de choquant, il fallait bien vivre et que le corps exulte, aurait dit Brel ou Ferré, je ne sais plus ! de plus dans mon autre lignée une grand-mère usa en fine connaisseuse de cette antienne-ndlr)

1.3- Son adolescence laborieuse avec les fêtes du village et les copains

A 12 ans il obtient son certificat d’étude… et entre dans la vie active ! ses expériences de boulot n’ont pas fait l’objet de nombreux récits, de temps à autres suivant l’opportunité il relatait une anecdote de l’un des boulots exécutés :

  • Lors des livraisons de meubles, il n’était pas question de lâcher le meuble tant que le client n’avait pas tout réglé. En effet au nom d’une loi sur la propriété privée qui donnait pour fait : « tout ce qui est chez moi est à moi… » les livreurs avaient donc la consigne de ne rentrer le meuble que contre monnaie sonnante et trébuchante !

En dehors de ses activités professionnelles en boulangerie, il participait à toutes les sorties et événements du village. Les activités de ses parents ne leur permettant pas vraiment un rythme régulier de vie de famille, il traînait dehors avec les copains.

Dans cette période-là, il s’engage avec les équipes de scoutisme où il se forme pour encadrer des équipes de jeune. Il lui en restera une idée très établie de l’éducation des enfants et des jeunes, l’éducation se fait par l’expérience, on grandit en se confrontant à ses erreurs.

La période des petits métiers et d’acquisition des expériences, Ainsi bon gré mal gré, il occupa un tas de petits boulots, en tant que coursier, boulanger, valet de chambre… par deux fois, il quitte ses boulots pour suivre des formations de centres de jeunesse où il devient chef d’équipe.

En entrant chez Rochas en juin 1949, il a 29 ans… c’est pour occuper un poste de coursier puis de magasinier et manifestement il a une idée en tête car en octobre 51, il quitte Rochas pour suivre une formation de chimiste au CNAM en cours du soir. Pour continuer de faire vivre sa famille, il prend un travail de livreur de meuble dans une galerie de la place d’Italie.

1.4- La période de guerre, période de tous les dangers et des amitiés,

Ses champs de connaissances étaient vastes et ses récits toujours longuement détaillés sur tous les domaines qu’il abordait… sauf sa vie avec les copains et la sortie de guerre qui a été d’un point de vue sociétal, un grand moment d’explosion de joie et de fêtes !!! Tous les détails envers son rôle de soutien de famille, c’est madeleine qui racontait, principalement sur la base des échanges qu’elle avait eu avec sa belle-mère, Madeleine Cochin.

André n’a jamais parlé de la période de guerre… plus tard j’ai compris qu’elle fut pour lui l’impossibilité de ses ambitions, une période de frustrations insurmontables. Il venait tout juste d’avoir 19 ans à la déclaration de cette guerre, trop jeune pour être incorporé mais voulant s’engager auprès des groupes de résistance lors du gouvernement de Pétain, il est confronté au rejet de son offre. Il ne saura plus tard qu’ils étaient dans l’incapacité d’accueillir le flot de jeunes qui voulaient les rejoindre pour libérer la France, manque d’armes et surtout de personnes encadrantes pour les former.

Les zazous contre les fêtes du village, En pleine guerre, période d’occupation des caves s’organisent avec de la musique jazz et des mouvements de résistance à l’ennemi envahisseur. Ainsi lors d’un repas familial, je lui demande impromptu, « Papa dans ta jeunesse as-tu été zazous toi aussi !!? » – avec son petit sourire équivoque il répond : « Mais non enfin, moi je me cachais dans le cher !! » – et cette fois nous n’avions pas le droit à ces (trop) longs monologues d’explications, pas sur ce sujet qui n’avait droit qu’à une brève réponse !

L’évitement du travail obligatoire dans le cher et les faits de résistance, A l’arrivée des allemands, qui avaient rendu le travail obligatoire, il avait tenté d’entrer dans la résistance. Toutefois, à cette époque de nombreux jeunes, qui n’avaient pas encore été enrôlés, étaient réquisitionnés par les allemands pour le travail obligatoire. En effet, les allemands réquisitionnés par l’armée ou morts, n’étaient plus suffisamment nombreux pour effectuer les tâches nécessaires dans l’industrie, notamment à la fabrication des armes. Afin d’éviter cette déportation non choisie, les jeunes se cachaient ou entraient dans la résistance. Hélas les groupes de la résistance étaient débordés et ne pouvaient plus accepter cet afflux de volontaires, à former, armer et encadrer. Ecœuré et déçu, André est parti se cacher dans le cher où il travailla dans une ferme ou une scierie, et livra les paniers de repas aux résistants. Cette dernière précision, je l’ai apprise à 23 ans (nous étions en 1977) par le directeur de l’ANPE de Poissy qui me reçut sur proposition de mon père, « si tu vas à l’ANPE, va voir mon ami René Prévost ». Mon arrivée à l’ANPE fut chaleureusement accueillie par un type qui s’exclame, au milieu d’une salle remplie de gens qui travaillent, les bras grands ouverts : « haaaa !!! la fille de mon ami de la résistance !! » j’ignorais totalement ce passage que mon père avait soigneusement tu en minimisant les faits. Il voulait prendre les armes, il ne livrait que des paniers repas… mais pour moi c’est la première et dernière fois que l’ANPE m’a trouvé un travail et un travail que j’ai adoré, je suis devenue fotographe ! »

Cette période de sa vie a tenu une importance particulière, surtout au regard de la forêt. Car s’il ne nous avait quasiment jamais parlé de cette période il abordait très souvent des anecdotes révélant sa connaissance en matière des essences d’arbres et les oiseaux autant par leurs chants que leurs plumages… il plaçait un respect de la nature et la forêt comme l’un des éléments forts des valeurs à transmettre, hélas bien que son rabâchage sur le nom des oiseaux fût incessant, la candeur des enfants traduisait ces explications comme ennuyeuses et répétitives ! L’origine de mon prénom, Sylvie, était de son initiative, car il venait de la racine latine silva, la forêt !

La famille, son père, sa mère, sa sœur Paulette, son frère Lucien, et ses oncles et tantes…

2-Mado, sa jeunesse et les ancêtres

La naissance de Madeleine intervient dans l’année des 14 ans d’André. Le 14 juin 1934 sa naissance à Paris 12ème ravie sa jeune mère de tout juste 20 ans avec ce second enfant. Sur les fotos où on la voit avec ses deux enfants, elle sourit à la vie, heureuse et épanouie ! J’ai souvent entendu ma mère vanter les qualités de gentillesse et de bonne humeur de sa mère. Madeleine reconnaissait facilement qu’elle avait eu une enfance heureuse, au sein d’une famille de parents ouvriers du livre pour sa mère et à la RATP pour son père, qui ont permis de passer sans trop de souffrance les difficiles périodes de la guerre39-45. Les enfants sont gardés par la grand-mère, Pauline Guelle (1872-1954) pendant que les parents travaillent, l’argent ne coule pas à flots, mais l’aisance leur permet de gâter les enfants et de leur offrir de nombreux loisirs, tel que le cinéma hebdomadaire.

Par contre, en tant que photographe, j’avais constaté que je n’avais aucune belle foto de Madeleine… ainsi depuis quelques années, présageant qu’elle décèderait un jour… ben oui comme nous tou.tes !! je la mitraillais à tout va pour obtenir une vue où elle pouvait avoir sa tête des bons jours, car dans mon stock de foto, elle avait toujours sa tête revêche et vindicative des jours malheureux. En effet je savais que je tenterais de tracer une ligne de vie positive malgré les jours revêches qu’elle nous a fait vivre en aparté de notre enfance et adolescence. Cette version s’est affirmée quand j’ai surpris la bienveillance dans son regard sur les fotos de ses petites filles.

D’autant plus qu’elle a connu une vie plutôt décalée au regard de son conformisme qu’elle a voulu nous transmettre… ainsi j’ai souhaité tirer un portrait de la famille ascendante des Collinet-Provoost avec toutes leurs spécificités – exemple, les femmes qui travaillent, un métier dans la presse donc des ouvriers bourgeois au sens moderne du terme car ils étaient bien payés et vivaient dans une aisance certaine, la difficultés des métiers boulangerie, la diversité parfois trouble de la lignée des brocanteurs-chiffonniers, la femme entretenue telle que fut la tante nénette maitresse d’un ministre et vivant de ses dons, le sens de la « hiérarchie sociale » le refus du mariage de mon arrière-grand-mère (Pauline Guelle) afin de conserver le « privilège » d’une éducation gratuite aux enfants d’artiste, des parents divorcés ou multi-mariés, etc. – tout autant que la descendance, donc nous avec nos souvenirs et anecdotes de vie de famille pour nos enfants et petits-enfants. Ma ligne de force sera la joie de se retrouver, nos fêtes de famille. Les ruptures et accident de la vie troublent le chemin bien tracé de nos 2 lignées en 2 ou 3 générations sur les 2 branches !!! d’une part le départ de Lucien Provoost de la région Nord-Pas de calais au moment de ses 20 ans en laissant un mystère plané sur les causes de ce départ[1], que de ce petit sabotier savoyard ayant laissé son patronyme à des jumelles[2] sans aucun souvenir dans la mémoire vive des membres de cette branche familiale[3]. D’autre part, cet amour défendu entre un « noble déshérité par sa propre famille » et une roturière qui ne laisse qu’un nom et un vieux portrait sur une foto.


[1] Soit disant un médecin lui ayant conseillé de fuir le travail de la mine pour sa santé bien qu’il ne vivait pas dans la région des mines… parfois je me demande de quelle santé il parlait !!! mais ce sujet était tabou, tel que son alcoolisme.

[2] Simone et Marthe Favre, filles du sabotier.

[3] Version d’une branche, quant à l’autre, celle des collinet, le choix de l’amour plutôt que la reconnaissance d’une famille qui vous rejette est tout aussi particulière !!

1-André Collinet, sa jeunesse et les ancêtres

Lors du décès accidentel de notre père en déc. 1981, nous avons vu notre mère s’effondrer et sombrer… sa douleur qui nous sautait aux yeux et aux sentiments a centré toute notre attention vers elle pour tenter si faire se pouvait d’atténuer sa peine, sans jamais aborder notre propre douleur. Depuis, je me suis aperçue que je gardais l’impression que l’on m’avait volé ma peine et que je n’avais pas en quelque sorte fait le deuil de mon père.

Depuis 30 ans, je tentais vainement de retrouver cet homme qui fut mon père et que je connaissais si peu sous sa carapace de macho-paternaliste protecteur et cynique !! Pendant notre enfance, il a représenté l’autorité rien que par la menace, « attention je vais le dire à ton père ! » une autorité tranquille, bienveillante et persuadé que l’éducation des enfants se faisait principalement par l’expérience, ce qui lui permettait de sourire lorsque nous subtilisions des outils, des matériaux d’entretien de la maison. Et des expériences, nous en avons faits en utilisant « son atelier » comme ressources, en passant par les produits chimiques lors de nos expériences de chimie jusqu’aux colliers modernes fabriqués avec les joints d’étanchéité des robinets !!!! mais tout cela il m’aura fallu des années avant de m’en apercevoir.

La présentation d’André Collinet, se déclinera sous la forme des grandes périodes qui l’ont construit : 1. Son enfance en boulangerie – 2. Les camps de scoutismes – 3. La période de guerre, la planque dans le cher, pour éviter les arrestations et l’envoi au travail obligatoire – 4. Le service militaire à 20 ans en sortie de la guerre – 5. Son mariage et notre père

  1. 1. Son enfance en boulangerie

Le commerce tenu par les parents était pluridisciplinaire… et a révélé des confrontations d’activités quelles que peu paradoxales, la boulangerie nécessitant un réveil à 4 heures du matin pour préparer la pâte du pétrin, la viennoiserie bien sûr, la pâtisserie que sa sœur Paulette pourra nous expliquer, un fond d’épicerie et pour finir un bar qui prolongeait l’activité « jusqu’à plus d’heure ». Dès les 12 ans d’André, ses parents font appel à lui pour les seconder, son père se couchant à plus de minuit avec les derniers consommateurs, il avait en charge la fabrication du pétrin avec sa mère afin de lancer la production avant l’ouverture du magasin.

Dans le même temps, on livre le château de Chamarande sur lequel travaille le père de Raymond, son grand copain. C’est ainsi que la conduite de la camionnette se fait bien avant de passer le permis, la vente est prioritaire, il fallait bien livrer !! Bien sûr il existait les livraisons en cycle porteur mais le moteur devait être bien apprécié.