La naissance de Madeleine intervient dans l’année des 14 ans d’André. Le 14 juin 1934 sa naissance à Paris 12ème ravie sa jeune mère de tout juste 20 ans avec ce second enfant. Sur les fotos où on la voit avec ses deux enfants, elle sourit à la vie, heureuse et épanouie ! J’ai souvent entendu ma mère vanter les qualités de gentillesse et de bonne humeur de sa mère. Madeleine reconnaissait facilement qu’elle avait eu une enfance heureuse, au sein d’une famille de parents ouvriers du livre pour sa mère et à la RATP pour son père, qui ont permis de passer sans trop de souffrance les difficiles périodes de la guerre39-45. Les enfants sont gardés par la grand-mère, Pauline Guelle (1872-1954) pendant que les parents travaillent, l’argent ne coule pas à flots, mais l’aisance leur permet de gâter les enfants et de leur offrir de nombreux loisirs, tel que le cinéma hebdomadaire.
Par contre, en tant que photographe, j’avais constaté que je n’avais aucune belle foto de Madeleine… ainsi depuis quelques années, présageant qu’elle décèderait un jour… ben oui comme nous tou.tes !! je la mitraillais à tout va pour obtenir une vue où elle pouvait avoir sa tête des bons jours, car dans mon stock de foto, elle avait toujours sa tête revêche et vindicative des jours malheureux. En effet je savais que je tenterais de tracer une ligne de vie positive malgré les jours revêches qu’elle nous a fait vivre en aparté de notre enfance et adolescence. Cette version s’est affirmée quand j’ai surpris la bienveillance dans son regard sur les fotos de ses petites filles.
D’autant plus qu’elle a connu une vie plutôt décalée au regard de son conformisme qu’elle a voulu nous transmettre… ainsi j’ai souhaité tirer un portrait de la famille ascendante des Collinet-Provoost avec toutes leurs spécificités – exemple, les femmes qui travaillent, un métier dans la presse donc des ouvriers bourgeois au sens moderne du terme car ils étaient bien payés et vivaient dans une aisance certaine, la difficultés des métiers boulangerie, la diversité parfois trouble de la lignée des brocanteurs-chiffonniers, la femme entretenue telle que fut la tante nénette maitresse d’un ministre et vivant de ses dons, le sens de la « hiérarchie sociale » le refus du mariage de mon arrière-grand-mère (Pauline Guelle) afin de conserver le « privilège » d’une éducation gratuite aux enfants d’artiste, des parents divorcés ou multi-mariés, etc. – tout autant que la descendance, donc nous avec nos souvenirs et anecdotes de vie de famille pour nos enfants et petits-enfants. Ma ligne de force sera la joie de se retrouver, nos fêtes de famille. Les ruptures et accident de la vie troublent le chemin bien tracé de nos 2 lignées en 2 ou 3 générations sur les 2 branches !!! d’une part le départ de Lucien Provoost de la région Nord-Pas de calais au moment de ses 20 ans en laissant un mystère plané sur les causes de ce départ[1], que de ce petit sabotier savoyard ayant laissé son patronyme à des jumelles[2] sans aucun souvenir dans la mémoire vive des membres de cette branche familiale[3]. D’autre part, cet amour défendu entre un « noble déshérité par sa propre famille » et une roturière qui ne laisse qu’un nom et un vieux portrait sur une foto.
[1] Soit disant un médecin lui ayant conseillé de fuir le travail de la mine pour sa santé bien qu’il ne vivait pas dans la région des mines… parfois je me demande de quelle santé il parlait !!! mais ce sujet était tabou, tel que son alcoolisme.
[2] Simone et Marthe Favre, filles du sabotier.
[3] Version d’une branche, quant à l’autre, celle des collinet, le choix de l’amour plutôt que la reconnaissance d’une famille qui vous rejette est tout aussi particulière !!










