3.5- Rencontre avec mon grand-père maternel, Lucien Provoost

Un divorce violent et destructeur,

Suite au divorce de mes grands-parents maternels (en 1948 elle avait 34 ans) les enfants avaient été réparties entre le père et la mère. Jean le frère ainé avait rejoint son père, Madeleine était restée avec sa mère. Un jour de confidence, elle avait expliqué qu’elle ne supportait pas les divorces car l’un des deux souffrait… et à ce moment elle avait raconté qu’elle avait vu ses parents se battre, son père taper Marthe, la traîner sur le sol par les cheveux, la scène était si horrible qu’elle la revivait tout en parlant, un visage bouleversé. Pour autant elle avait « choisi » le camp de sa mère en acceptant de vivre avec elle et a toujours gardé une rancœur contre son père et son frère… Mon oncle Jean venait souvent à la maison tant qu’il a été célibataire, il nous apportait un jouet pour chacun à noël, avec un jeu de société en plus pour tous. Une fois marié, les invitations se sont espacées avec des repas pesants et lourds !! Il me semblait que personne n’avait rien à se dire et nous enfants nous n’avions rien le droit de faire, surtout pas monter à l’étage où se trouvaient les chambres, pas de télé, pas de jeux mis à notre disposition… enfants sages autour de la table… Jean était dans la police et avait suivi une formation pour être muté dans un service d’imprimerie. A ce titre, il établissait toutes les invitations des cérémonies officielles et fêtes de famille, et parfois les menus. Des souvenirs fugaces le représentent en homme joyeux, heureux de voir sa sœur, ses neveux nièces et beau-frère, mais au fur et à mesure des années, l’alcool et le tabac ainsi peut-être que son couple ou la vie, l’ont transformé en un homme taciturne, bourrus, silencieux.

Les vacances chez le grand-père Lucien, Sur le support de mes souvenirs il me semblait que je n’avais pas vu mon grand-père maternel avant notre visite avec la Ranch (Simca) familiale et les quatre enfants, donc les vacances de 1961… Or les fotos retrouvées démontrent le contraire, il apparaît sur des fotos lors d’une fête de famille au pavillon d’Eaubonne avec Francis encore bébé en 1959 ou 1960. Soient ils avaient repris contact soit ma mémoire me trompe !! sur ces fotos, lui présenté comme un personnage maléfique est pour autant plein de tendresse dans ses gestes envers ses petits-enfants. Cet homme avait comme on dit pudiquement, refait sa vie, avec une femme pour laquelle Madeleine avait des difficultés à nous présenter comme notre grand-mère, ainsi son appellation fut « grand-mère » sans fioriture ni tendresse de sa part. Mes souvenirs d’elle, sont d’une femme simple, qui prenait soin de sa maison et de son mari, aucun mot vindicatif ni aucune tension ne présagent la fin tragique qu’elle s’est donnée. Mes souvenirs sont bien plus vifs de notre premier séjour chez eux pour les vacances de 1961, dans la maison du Crestet dans le Vaucluse. Une maison simple, avec une pièce à vivre encombrée et toujours sombre, une chambre à coucher jamais ouverte et surtout une grande terrasse où la vie se passait !!! Toutefois, la seule salle de bain présente dans mes souvenirs était le bassin genre grand bac-lavoir avec un robinet d’eau froide et un emplacement bricolé en douche constitué par un seau et un pommeau de douche… ce montage était installé au fond de la cour fermée qui entourait la bâtisse. Cette année-là nous avons débarqué avec la tente de camping, une famille de 6 personnes dont 4 enfants en bas âge et nous avons été accueilli à bras ouverts, très chaleureusement, de vrais grands-parents qui nous défendaient devant des parents exigeants et nous passaient toutes nos exigences d’enfants. Ainsi nous avons vécu les apéritifs sur la terrasse, chez les voisins-amis, les sempiternelles parties de boules entre adultes où cette fois les enfants étaient particulièrement évincés, vers nos grenadines sans cesse renouvelées envers et contre notre mère qui remerciait chaleureusement en prétendant qu’un seul verre était suffisant !!! Les pitchounes avaient tous les droits et étaient regardés avec bienveillance et patience ! j’ai compris plus tard la prudence des adultes envers la dangerosité du lancer des boules de pétanque… chaque partie était savamment arrosée d’une nouvelle tournée de pastis fait maison, mais à 7 ans, je ne connaissais pas les conséquences de l’alcool sur l’attention et la vision. L’ambiance était chaleureuse, conviviale et bon-enfant, y compris envers les enfants qui avaient droit à leur apéro de grenadine autant qu’ils le souhaitaient, « mais ils ont soif les pitchouns !! il faut qu’ils boivent ».

En tant que grand-père, je m’en souviens comme un homme plein d’attention et d’émerveillement, il m’a offert ma première montre, mais aussi mon premier couteau de poche, un merveilleux couteau en acier, tout brillant qu’il a fallu que j’échange contre 20 sous pour ne pas casser l’amitié !! c’est lui aussi qui m’a offert une cigale dans une boite d’allumette qu’il m’a glissé dans la main comme une merveille ! Ces bestioles qui avaient enchantée mon été de leur chant si particulier. Il nous regardait avec tendresse mais par contre, n’a jamais entamé un jeu avec nous… il a dû nous questionner sur l’école, les réussites ou les amitiés au sein du milieu scolaire, puis retournait vers le monde des adultes qui se partageait l’apéro !! Mes frères et sœur ont des images précises et fugaces de ces moments, malgré leur très jeune âge, de 6 mois au 4 ans de la plus jeune, Martine. L’une se souvient du soleil et de la chaleur, tandis que Christian (de 4 ans à 7 ans) plus distinctement évoque la mort du lapin, pendu par les pâtes arrière à une branche après avoir été assommé d’un coup violent contre une pierre puis dépecé devant nos yeux atterrés… il se souvient aussi des jeux dans la rivière où coulait une eau glacée qui nous rafraichissait avec délice. Nous construisions des barrages avec les pierres pour retenir l’eau dans un petit bassin permettant ainsi de s’allonger dans l’eau. A Vaison la Romaine, il y avait les apéros à la terrasse du troquet, souvent avec les copains de Lucien, où pastis et grenadines coulaient à flot, bien que notre mère ne chérissait pas du tout ces moments, et il y avait aussi les départs matinaux du grand-père avec le camion de ramassages des ordures ménagères, sur lequel le grand-père sautait allègrement pour compléter sa retraite !! Tous ces moments étaient légers, tendres, et joyeux, tout le monde avait sa place, même les enfants. Ces vacances au Crestet qui se sont renouvelées chaque année pendant 4 ou 5 ans nous faisaient traverser la France pour leur rendre visite, après les 2 années passées à Cavalaire, sur la route du grand-père, un incendie s’est arrêté au bord de notre camping et notre père a considéré que la côte d’Azur était trop dangereuse… dès que la ranch-Simca a intégré la famille, sans être les premières vacances, se ne furent pas les dernières… Les vacances sont toujours un moment agréable et convivial !!! Sur la troisième foto ci-dessous la famille Prêtre était venue nous rejoindre… que des bons moments !

Lucien Provoost quitte le Crestet, suite au terrible choix de sa compagne de mettre fin à sa vie par pendaison, pour un retour à Paris puis une installation dans le nord, une petite ville, Frévent. Lucien y restera jusqu’à sa mort en 1982.

Le village du Crestet, La commune de Crestet est située au sud de la route départementale 938, entre Vaison-la-Romaine et Malaucène. L’autoroute la plus proche est l’autoroute A7, sortie no 21 Orange centre. Village allongé qui n’a qu’une seule rue, Le Crestet s’est développé le long de la route départementale allant de Lamastre à Boucieu le Roi et celle reliant Lamastre à Tournon. Le Crestet est point de passage obligé pour la liaison entre ces communes. Le village s’élève à 565 mètres d’altitude. Le Crestet se divise en trois grands hameaux : son village – le hameau de Monteil et le quartier des Bois des bancs. Le dernier recensement nous donne une population de 545 Habitants éparpillés sur 934 Hectares. N’hésitez pas à venir arpenter sa ruelle en passant devant l’église avec sa croix du 17ème siècle inscrite au patrimoine des monuments historiques. Flâner dans l’impasse qui mène à l’ancien lavoir pour déboucher sur la place publique avec un panorama saisissant sur les gorges du Doux. Vous pouvez prolonger votre balade jusqu’à la crête des 3 croix. La place publique est aussi le départ d’une balade, dans la fraîcheur des sous-bois et ponctuée de très beaux points de vue, qui rejoint l’ancienne voie du Doux en Crête. De vieux châtaigniers vous accompagneront ça et là pour 3 h 30 de marche. Au retour, n’hésitez pas à vous rendre au hameau de Monteil où son église du 13 – 16ème siècle vous attend. Vous pourrez partir à la découverte d’un très beau méandre du Doux et ses pentes abruptes et rocailleuses sur un petit sentier de 1.6 km.

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Crestet

La Famille du nord de Lucien,

Ses origines du nord, on n’en parlait pas en famille… et personne ne se connaissait ! La rumeur officielle était un départ de Lucien pour ne pas mourir de la silicose, mais sa ville d’origine n’était pas une ville de mineur… quel est le secret qui le pousse à quitter précipitamment sa région d’origine, de laisser famille, amis, et connaissances pour se perdre à Paris ??? Une année de vacances au Crestet, nous y étions en même temps que l’un de ses cousins présent avec son fils, ils étaient venus en visite dans une voiture décapotable de toute beauté. Lors d’une de leur sortie ils me proposent de venir avec eux, et j’accepte contre la volonté de mes parents, ils n’avaient pas dû être trop impératifs car je devais avoir moins de 10 ans… et pour moi ce fut un bonheur de luxe et d’autonomie, je me suis sentie grande !!!! seule sur la banquette arrière, les cheveux au vent, j’accompagnai deux hommes dans une virée en voiture. Un pur bonheur !! En rentrant il me semble avoir dû subir des remontrances de ma mère qui n’avait pas du tout accepté cette escapade… mais qu’importe. Mes seuls souvenirs de la famille du nord de mon grand-père.

Lucien nous a rendu quelques visites à Andrésy, j’en garde peu de souvenirs hormis un sentiment profond de rancœurs et d’exaspération de Madeleine, pour autant elle n’a jamais considéré que son remède du matin, un petit verre de pastis pur à jeun, représentait un indicateur d’alcoolisme.

La voiture et la famille Collinet…

La voiture est arrivée à la suite de la naissance de la petite sœur, Martine (1961) ! Une fois à la maison, elle a participé à toutes les sorties de la famille, ici voici la Ranch au garage, puis la Ranch en piquenique, ensuite la Ranch en pause repas, la Ranch sur le pont de Tancarville et pour finir, la Ranch appareillée pour un départ en vacances…

Publié par scollinet

Curieuse de tout et à l'écoute des besoins d'émancipation et de cohésion sociale.

2 commentaires sur « 3.5- Rencontre avec mon grand-père maternel, Lucien Provoost »

  1. Coucou Sylvie, Emeline la fille d’Anne a Trouvré sur internet la fiche militaire du grand-père Collinet ( Pere d’André Paulette et Lucien)

    Si tu veux en prendre connaissance et diffuser

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