3.6- Les vacances avant et après la voiture

L’entraide dans la famille n’a jamais été un mot vain… Après l’achat du pavillon, Madeleine a reconnu que des moments ont été difficiles, donc pas question d’acheter une voiture individuelle quand bien même la famille commençait à s’équiper. Ainsi fut pris la décision de transporter la famille jusqu’à son lieu de villégiature le temps des congés payés. Le couple avec deux puis trois enfants a été véhiculé par la tante Simone et l’oncle Tonin pour un voyage aventureux vers Brétignolles… puis Cayeux sur mer. Dans la petite Dauphine du Tonton Tonin, on chargeait outre les membres de la famille concernés soit sept personnes dont un bébé, mais aussi les bagages, le landau du bébé, et on revenait avec quelques jouets de plage. La motivation était évidente, on ne pouvait pas laisser des travailleurs sans vraies vacances au moment des congés payés, les enfants avaient besoin de changer d’air pour se fortifier avant l’hiver, etc… toutes les raisons étaient avancées pour convaincre le ou la plus récalcitrante !! (s’il y en avait) – Les salariés de la presse avait une très forte culture syndicale et des valeurs de partage et solidarité.

Car en effet, La tante Simone Favre devenue Gauthier, sœur jumelle de notre grand-mère maternelle Marthe Favre était brocheuse et syndicaliste chez Aurore pendant que Tonin son mari était Responsable des départs-presse.

En 1961 la voiture est entrée dans la famille au plus grand bonheur de chacun de ses membres. Les vacances pouvaient être organisées !! ainsi fut fait avec une visite au grand père Lucien parti vers le sud pour vivre une retraite au chaud.

Ces vacances ont été un bonheur indescriptible !!! Non seulement les parents étaient sereins et joueurs, mais les adultes rencontrés étaient aux petits soins envers les pitchouns.

3.7- Les fêtes de familles avec les branches Collinet/Prêtre/Gauthier,

  • Les dimanches en famille avec les Prêtre, et les déplacements en 4chevaux,
  • Les weekends en famille avec les Collinet d’Etréchy,
  • Les 60 ans du grand-père,

Notre enfance fut rythmée par les fêtes de famille… tout était prétexte, baptême, communion (bien que je n’aie jamais vu mes parents mettre un pied dans une église en dehors de ces événements, fête du vin et de la mise en bouteille, anniversaires, ou tout simplement la fête du dimanche !! et les grandes tablées du dimanche midi se terminaient systématiquement par des chants. Chacun avait sa chanson qu’il devait chanter debout devant tout le monde, le refrain repris en cœur. Avant la voiture, les déplacements vers les invitations sont moins aisés, Madeleine et André à peine mariés ont eu la joie de la première naissance, de la seconde puis ainsi de suite, quatre enfants comblaient leur vie en moins de 7 ans. Les voyages en train je m’en souviens à peine, une gare, une locomotive à vapeur, un changement de train entre Eaubonne et la gare Saint Lazare de Paris… se sont inscrits dans ma mémoire par touche de couleurs plutôt sombres, sans plus. Toutefois, les voyages en 4chevaux m’ont vraiment laissé un souvenir indélébile. Des deux côtés parentaux, les tantes ou oncles et grand-tantes étaient nombreux auxquels nous rendions visite au moins une fois l’an…

Les déplacements en 4chevaux, Suivant le lieu de résidence de la famille à visiter, et le lieu de l’invitation, les réunions s’échelonnaient chez les uns puis chez les autres, à tour de rôle. Toutefois il y avait des spécificités…. Les dimanches à Paris ont connu les déplacements en 4chevaux, mes parents et les 3 enfants que nous étions s’entassaient dans la petite voiture pour nous conduire à Paris 15ème chez les Prêtre. Raymond venait nous chercher et nous reconduisait à Eaubonne en fin de journée, très tard après le dîner. A l’époque la voiture me semblait grande et spacieuse… je n’étais encore qu’une toute petite fille de moins de 7 ans !!!

Les rencontres sur un weekend, Les cousins d’Etréchy habitaient plus loin, de l’autre côté de la région Ile de France, un jour les parents ont décidé qu’une journée ne suffisait pas et la fête s’est passé sur un weekend, toute la famille d’Etréchy arrivait en train de leur lointaine banlieue et ne repartait que le dimanche en fin d’après-midi… tout un weekend de folies et de joies de se retrouver pour presque 2 jours. Quand le déplacement était pour nous, nous avions le droit à la virée de toute la région où mon père nous faisait des commentaires sur tous les domaines qu’il avait côtoyés avec des anecdotes pour chacun.

Il y avait aussi les visites et les invitations dans la famille Provoost-Favre… Le frère Jean, le cousin bien aimé Dédé, mais aussi toutes les tantes et grand-tantes qu’il fallait visiter et inviter au rythme du livret de savoir-vivre bourgeois tel que décrit dans un livre de la maison. Quand la réception se passait chez André et Madeleine, elle cuisinait presque toute la semaine qui précédait en préparant d’avance ce qui pouvait l’être. A cette époque, un repas était encore constitué de l’apéro, entrée froide en charcuterie et crudités, entrée chaude, plat avec légumes verts, pommes-de-terre et viande, salade, fromages et desserts qu’elle faisait elle-même dans leur intégralité. Comme toutes les femmes de cette époque d’ailleurs ! le repas se prolongeait bien souvent au-delà des 16 heures, en chansons, et 2 heures plus tard les pères proposaient l’apéro pour arroser le repas du soir. Entre temps, des « rafraichissements » avaient été proposés et acceptés, en eau gazeuse, jus de fruits ou bière. Pendant les rafraichissements, les femmes se retrouvaient à la cuisine pour faire la vaisselle et ranger un peu la cuisine et les restes. Pour compléter ces dimanches d’invitation officielles, ils s’organisaient aussi les moments spontanés de rencontre à la campagne donc au pavillon d’Eaubonne où chaque maîtresse de maison fournissait sa spécialité de cuisine pique-nique… Paulette s’était spécialisée dans des pizzas immenses, remplies de bonnes choses savoureuses !!! Et en dessert, la punition, surnom familial du gâteau breton, le fameux far aux pruneaux.

Ces fêtes de famille ont été des moments privilégiés où les enfants se retrouvaient entre eux, à chaque rencontre, c’était au moins 8 enfants dans le jardin qui organisaient chahuts et rigolades, les sentiments de liberté et de joies explosaient tout au long de la journée. C’est aussi mes premières visites de Paris avec ma cousine Babette au cours desquelles j’ai découvert quartiers et musées tels le palais de Chaillot et le cinéma d’art et essai qu’il hébergeait au fond de son square, ainsi que le petit kiosque de Guignol à droite au fond du champ de Mars… Au cours de toutes ces rencontres, ce sont les seuls moments où Madeleine était joyeuse, souriante et détendue, la différence de comportement entre le quotidien et les jours de réception ont certainement forgé ma volonté de ne pas devenir mère au foyer !!

Les 60 ans du grand-père Lucien, A l’approche des 60 ans de son père Lucien, Madeleine apprend qu’il souhaite organiser une grande fête en invitant sa famille et ses copains. Ainsi nous nous sommes rendus à cette invitation dont je n’ai pas été informé de l’organisation, à l’époque on ne parlait pas aux enfants… mais cette grande tablée remplie de personnes joyeuses a imprégné ma mémoire par des anecdotes particulières. Les fotos montrent des visages joyeux, des mimiques de chants, l’événement qui m’a subjugué était un étalage de cigarettes de type gauloise déposé sur la table et offerte à la consommation par l’un des invités qui travaillait à la régie du tabac. Mon père fumait et j’ai été chaleureusement invitée à me servir copieusement avant de partir, je ne sais pas si mon père les avait fumées car il appréciait les gitanes et moins les gauloises ! C’est tout le souvenir conservé de cet événement qui a regroupé ma mère et une partie de sa branche familiale, les aînés de ses enfants, son frère Jean et sa femme, les enfants étaient trop jeunes ainsi que plein de personnes qui semblaient m’aimer sans que je les connaisse…

Lucien, mon grand-père aimait la fête et les soirées entre amis (ou famille). C’est un gars qui rendait service, un gars de confiance, un brave type. Ces qualités reportées en période de guerre, on peut situer le couple dans un environnement cordial, où chacun rendait service en améliorant le quotidien. En effet, la grand-mère Marthe Favre travaillant dans la presse pouvait apporter un journal quotidien, voire de temps en temps, Lucien en tant que conducteur de bus avait des trajets obligatoires à fréquenter régulièrement… ils étaient débrouillards et pouvaient échanger des doses supplémentaires des rations prévues par personne contre un tas de petits services !! Dans la famille, au niveau de la génération des enfants de la guerre, il est reconnu que Lucien pratiquait le marché noir. Pour le plus grand bien de tou.tes.

Publié par scollinet

Curieuse de tout et à l'écoute des besoins d'émancipation et de cohésion sociale.

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