3.4-Les principes d’éducation des parents

1950 c’est la période des mariages mais aussi des naissances… ainsi en 1954 Madeleine met au monde son premier enfant, une fille pour laquelle André dira plus tard, « oui bien sûr un peu déçu, les hommes préfèrent toujours un garçon en premier enfant !! » sans haine mais avec une conviction sans faille !! tel qu’il est dit un peu plus haut, le couple vit dans une chambre d’hôtel suite à leur mariage… l’histoire familiale dira que le père apporte en cadeau de naissance l’acte d’achat d’une maison. Il avait signé pour un projet de pavillon à Eaubonne, et l’apporte en cadeau à sa femme sur son lit de maternité. Il faudra encore deux ans pour la livraison et l’emménagement de la famille dans ce pavillon. A cette époque, le pavillon n’avait ni le garage… ni la terrasse… ni la tonnelle…

Si les parents n’avaient pas de dissension envers les méthodes d’éducation, André avait de grands principes qu’il pratiquait au sein de la fratrie, quant à Madeleine ses axes d’éducation révélaient plus les conditions d’hygiène-propreté et du respect des adultes en général et à cette époque celui envers les personnes plus âgées, dont les tantes, oncles, à l’intérieur de la famille. Dans ce contexte, peu importait la parole des enfants !! Une autre époque.

En vrac, ce qui a été transmis par le père :

  • Le sens du pain, le haut et le bas tout autant que le dessus et l’envers. Ainsi il avait expliqué pourquoi on ne met pas un pain à l’envers, (concernant le pain, on a eu les explications…)
  • On attend 3 heures pour se baigner après manger… il avait eu un ami qui avait succombé à une mort immédiate lors d’une baignade,
  • La famille est plus sûre que les amis, car ils vous lâchent quand vous avez besoin d’eux,
  • L’éducation se fait par l’expérience, c’est en agissant que l’on se forge sa propre expérience, (cela devait venir des stages de scoutisme…)
  • Il racontait des blagues mais acceptait difficilement le blasphème, pour moi, André n’était pas croyant… mais plutôt en attente de preuves !! genre agnostique.
  • Il utilisait la technique de l’avocat du diable, lors de nos discussions en fin de repas du soir, jusqu’à m’en faire pleurer plusieurs fois ! (Cet apprentissage des groupes politiques d’extrême gauche a dû se faire au moment de sa période dans le cher, car ce n’est pas ni au scoutisme ni chez Rochas et encore moins au service militaire qu’il a côtoyé ce genre de doctrine !) – A ce titre, au moment des grèves de mai 1968, j’ai entendu sa femme, Madeleine meurtrie par les huées du piquet de grève qu’il était obligé de traverser en m’expliquant, « s’ils savaient comment il doit cacher ses véritables idées sur le sujet… il a renoncé à clamer ses valeurs pour progresser dans son boulot, et là il travaille pour assurer le moment de la reprise car les cuves de fermentation ont des cycles très sensibles !! » – En effet, André devait mettre en œuvre les différents Procèss sur les mélanges dans les cuves pour que le travail puisse reprendre au moment de la fin de grève… raison pour laquelle les responsables de ce mouvement, bon gré mal gré, le laissait entrer dans l’usine.
  • Son amour pour la forêt et sa connaissance des chants d’oiseaux, des différentes essences d’arbres, (c’est l’origine de mon prénom, Sylvie tient sa racine de la forêt en latin),
  • Passe ton bac d’abord !! Si j’avais eu mon bac, je serais devenu directeur.

Les principes d’éducation transmis par la mère, avec pour autorité, « attention je vais le dire à ton père ! » :

  • Rester propre,
  • Se laver les mains avant le repas puis après pour éviter de salir les murs
  • Ne pas toucher les vitres ni les portes de placards car on laisse des empruntes,
  • Faire la poussière tous les 2 jours et passer l’aspirateur tous les jours de vacances,
  • Un tour de rôle de vaisselle, vite contourner par les garçons qui allaient aux toilettes sans qu’elle réagisse,
  • Ne jamais rester sans rien faire, lire un livre étant de l’ordre du rien faire jusqu’au collège des garçons,
  • Dis bonjour à la dame,
  • Mets pas tes coudes sur la table, ni ton doigt dans le nez, ne pas parler la bouche pleine, etc…

Les méthodes d’éducation et leurs valeurs hiérarchisées

L’homme est supérieur à la femme car il est plus fort ! Je pourrais résumer ainsi la notion que Madeleine avait de l’égalité des sexes… « J’ai élevé mes enfants tous de la même façon ! » mais les exemples contraires sont multiples et notamment sur l’organisation de la participation aux tâches ménagères, les filles faisaient mais les garçons s’en abstenaient par le repli et le silence… au bout d’un moment elle se fâchait et les filles dressaient la table. Pour la participation des garçons à la vaisselle ils avaient perfectionné une autre méthode, dès que Mado appelait tout le monde pour la vaisselle, les garçons se précipitaient aux toilettes… et la vaisselle était terminée à leur sortie. Elle n’a jamais soulevé le phénomène !! pour l’anecdote, l’ainé des garçons avait mis en pratique le premier d’une façon discrète et silencieuse, quand le benjamin a compris la méthode, peut-être aux cris de dépit que je poussais en tant que fille ainée, il se précipitait sur la porte des wc dès les premiers signes de lever de table, ce qui provoquait une joyeuse bagarre à qui serait le premier à entrer dans ce lieu protecteur.

Il faut reconnaitre qu’il n’y a pas eu de modèle paternel aux tâches ménagères à la maison, jamais mon père n’a participé au dressage de la table, ni à la vaisselle et encore moins à la cuisine. Par contre, il allait de son conseil, notamment en matière de pâtisserie, quitte à rester un moment auprès d’elle pour veiller à la transmission de sa technique.

Par contre André a voulu transmettre à ses enfants son goût du camping et de la vie en plein air. Tout autant que la connaissance des capacités à s’autosuffire dans la nature. Ses techniques provenaient des conditions de vie des scouts en passant par l’aménagement du camp, hygiène compris et organisation des repas dans la mesure du possible avec le résultat de nos récoltes en fruits de mer…

Ayant suivi les formations de cadres-jeunesse chez les scouts et/ou autres structures d’éducation jeunesse, André avait étudié sur les principes d’éducation. Toutefois, il regardait avec bienveillance toutes les expériences que ses 4 enfants pouvaient mettre en œuvre. Ses lieux à lui, le garage, la cave et son atelier étaient remplis de merveilles que nous avons tou.tes (enfin je pense !) fouillés, émerveillés par ces trésors ! Tout était accessible, outils, produits chimiques, pour mémoire il était chimiste, ou souvenirs de sa jeunesse… Pour éviter d’induire en erreur certains lecteurs, les produits chimiques étaient rangés sur une très haute étagère que les 2 aînés n’ont atteinte que vers leur 15 ou 16 ans !!! avec la première boîte de chimie. Et à ce moment que de mélanges nous avons pu faire !!!

Les grandes maximes d’éducation, un contexte contemporain en 1950

  • Ses maximes qui interprétaient les valeurs d’éducation – Ce matin, j’entends une petite voix dans ma tête, il est plus de 10h du matin et je ne suis toujours pas habillée …en tenue de journée !!
  • « Le monde appartient aux gens qui se lèvent tôt !! » – Cette phrase je l’ai entendue à m’en faire une indigestion. Bien que je préfère traîner le matin, à lire, travailler sur mon ordi, revenir sur un article à approfondir, je ne peux m’empêcher d’être gênée par le temps qui passe. Vite, vite il faut que je m’habille !!!
  • « Va te laver les mains, tu as les mains noires comme les choses à Taupin ! » – La propreté et le qu’en dira-t-on étaient des valeurs de base dans la maison… il fallait que les enfants et la maison soient impeccables tout au long de la journée et surtout au moment d’une visite d’une tierce personne. Pour elle il s’agissait d’un point d’honneur incontournable. Je l’ai vu totalement atterrée et mortifiée car un étranger, passant à l’improviste avait surpris sa gazinière tâchée.

Au sein d’une famille, ou de tout groupe, il y a le maillon fort et le maillon faible… Je souhaite ici parler de mon frère, Francis incompris de ses parents qui pourtant dégagea une énergie extraordinaire à solliciter un peu de reconnaissance de la part de son père et de sa mère.

André n’a jamais été très féroce (sévère ?) envers ses enfants, plutôt bon enfant et conciliant. Il partait du principe que le noyau familial était un milieu protecteur de droit et il protégeait ses enfants en laissant le rôle de l’éducation du quotidien à sa femme, il se contentait de son autorité naturelle. Pendant les vacances j’avais l’impression que l’air était plus léger, le carcan des interdits moins marqué, la discipline moins stricte. Jamais il n’a contredit l’autorité de la mère sans toutefois participer activement à « ses menaces », « attention, je vais le dire à ton père !! ». Toutefois, il s’en est pris souvent à Francis par des réprimandes, des propos insultants et des coups… Francis était un enfant puis un jeune adolescent chahuteur et taquin mais en recherche permanente d’attention et de signes d’empathie bien souvent jusqu’à l’exaspération de son allocuteur. Au collège, il se levait de sa place pour aller regarder par la fenêtre le vent, les nuages ou tout autre oiseau de lyre… incontrôlable et charmant, les enseignants avaient demandé un test d’intelligence que les parents ont interprété comme un test envers des capacités modérées. Or surprise, le résultat fut tout autre, il était largement au-dessus de la moyenne !! la réaction d’André fut catégorique et sans appel, « foutaise, s’il n’a pas de bons résultats c’est un con !! avait-il clamé avec rage ». Ensuite, tout le monde connaît le triste parcours de ce petit frangin, sa rencontre avec sa première femme, son grand amour, leur expérience dans la drogue, la naissance de son premier enfant, leur séparation mais pour lui la chute vers toujours plus de dépendance… jusqu’à une rémission qui aura tout de même duré plus de 15 ans, au cours desquelles il aura un second enfant, une fille Maëla, sa princesse, puis un décès brutal à 51 ans. Cette période fut dramatique pour les frère et sœurs car nous avions bien compris cette entrée dans la spirale infernale, mais restions démunis face à l’absence de prise en charge par les parents. Et son décès fut une descente aux enfers.

Sa volonté de transmettre à ses enfants les règles d’une autonomie en forêt ou en pleine campagne, l’été il plantait la tente familiale dans un champ privé avec l’autorisation du propriétaire et installait le cabinet de toilette et les toilettes sèches par un savant pliage d’une toile de bâche autour de 5 piquets préservant ainsi l’intimité nécessaire à ce lieu d’aisance. Arrivée à l’adolescence, je n’appréciais pas trop ces isolements volontaires… et j’avais adoré le séjour en camping dans les landes avec fêtes le soir qui permettaient de rencontrer des jeunes de mon âge et les premiers émois !!!

Les débats politiques, houleux en fins de repas, Mon père était de gauche, sa femme me l’affirma dès que nous abordâmes ce sujet après sa mort, en confirmant qu’elle ne savait pas comment je n’avais pas compris… il laissait tellement d’indices ! Les indices consistèrent à laisser traîner sur la table un bulletin de vote de Mitterrand sur la table un jour d’élection. En effet, je fus sidérée ce jour en imaginant, déconfite qu’il ne voterait jamais pour ce candidat puisqu’il ne l’avait pas pris !

A cette époque je commençais à prendre parti résolument pour les valeurs de gauche voire même la branche maoïste et tous les repas du soir se terminaient en débats houleux voire pire, de nombreuses fois je quittai la table en pleure… je ne vois pas comment cette méthode aurait pu me faire comprendre qu’il était du même avis que moi !! plus tard j’ai eu l’explication, par une source extérieure à la famille, un connaisseur en la matière m’expliqua qu’il utilisait la méthode de l’avocat du diable ou de la contre-argumentation pour développer mon sens critique… comment pouvais-je le comprendre, il s’y prenait d’une façon tellement spontanée et à 17 ans je n’avais pas ni la science infuse ni les règles de fonctionnement de la technique argumentaire des groupes de formation d’extrême gauche. Donc jusqu’à sa mort j’ai pensé que mon père était d’extrême droite !!

Il est peut-être utile de préciser qu’en famille, officiellement nous ne parlions jamais de politique et surtout pas l’expression des votes des parents. A cette époque l’éducation consistait à veiller à l’hygiène, la nourriture, la santé, et la discipline axée sur le suivi des ordres émis par les adultes ayant autorité ! mais la communication entre parents et enfants était pleine de sujets interdits, quant à parler de ses émotions, chacun était bien trop pudique. La période de l’adolescence fut un peu tendue !!! Un film retrace parfaitement cette ambiance de l’époque, que ce soit dans le contexte socio-économique avec la rupture des 30 glorieuses que les renoncements d’une grande partie de la jeunesse. Le film de Cédric Klapisch, le Péril jeune en 1994. L’incompréhension totale entre les parents et cette nouvelle jeunesse des années 70.

Publié par scollinet

Curieuse de tout et à l'écoute des besoins d'émancipation et de cohésion sociale.

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