La faillite du commerce des parents Rémond collinet/Madeleine cochin et les conséquences familiales.
Jusqu’au mariage de ses frère et sœur, André est devenu chef de famille à la mort de son père (1942). A ce titre, il remettait sa paye à sa mère qui entretenait la famille. Une fois je l’ai entendu dire qu’il ne pouvait pas se marier plus tôt, faute de quoi sa mère et ses frère et sœur n’auraient plus de moyen de subsistance. En effet, la boutique ayant fait faillite, et les parents se sont retrouvés sans un sou et sans indemnité. Je ne sais pas vraiment à quel moment intervient la faillite, sa sœur, Paulette le mentionne en 1937. Son père, Rémond Collinet était très malade et affaibli, pour mémoire il avait été gazé pendant la guerre de 14-18[1] et en était rentré malade et très aigri. Lors de confidences entre sa mère et sa femme (Madeleine Provoost) elle lui aurait confié que seule la parole donnée avant son départ à la guerre lui avait fait épouser. A son retour, il était devenu invivable, meurtri, aigri. (Voir aussi l’autre source, le site de Michel Prêtre sur Evernote : « Le livre de Maman » !)
Pour mémoire, le commerce regroupait trois activités, boulangerie/pâtisserie, épicerie et troquet. Ainsi le père s’occupait des derniers clients, qui pouvaient s’attarder au bar. Une fois il a mentionné la possibilité de quelques verres offerts et bus par le père, avec les conséquences que cela implique. Couché tardivement, il ne pouvait plus se lever pour pétrir la pâte, vers les 3 ou 4 heures du matin. Dans un premier temps la mère avait pris le relai, puis a demandé à son fils ainé de l’accompagner. C’est ainsi, qu’André a commencé des réveils (très) matinaux avec de nombreuses manutentions, que ce soit le pétrissage de la pâte ou la manipulation des sacs de farine de 50 kg, il avait 12 ans.
Il a toujours mentionné ces faits comme des obligations de responsabilité sans émettre le moindre signe d’aigreur ou de rancœur. Le respect de la famille et l’honneur était pour lui des valeurs incontournables et non négociables.
Dans ces récits, André présentait le travail comme une évidence, s’il tournait en dérision le plat de lentille contre son droit d’ainesse, il le faisait par une ironie joyeuse !! je n’ai jamais ressenti de regret ni remord de sa part d’avoir assumé cette (lourde) tâche. Toujours lors de confidences de sa belle-mère, Madeleine racontait que la mère d’André avait anticipé son avenir autour de son fils ainé, trop âgé (32 ans) pour se marier, elle avait pensé le garder auprès d’elle jusqu’au bout de sa vie. L’arrivée de Madeleine ne fut pas de tout repos, qui pour autant avait de son côté familiale l’habitude des grandes familles et des anciens puisque tous les cousins-cousines ont été élevés par la grand-mère pendant que les pères et mères travaillaient !!!
Version d’André et Madeleine avec autres souvenirs : Au moment de la vente du fond de commerce en 1937, la famille prend un logement en location à Chamarande, le père Rémond et le fils André partent travailler en tant que salariés chez d’autres boulangers. Paulette trouve un emploi à domicile en confection… au décès de Rémond, André fils aîné devient chef de famille jusqu’aux mariages de ses frères et sœur. A ce moment, la grand-mère Cochin, Madeleine, a été hébergée à tour de rôle par les 3 frères et sœur. Pour mémoire la protection sociale n’existait pas à l’époque pour les femmes d’artisans, elle n’avait donc aucun revenu. Madeleine Provoost a souvent parlé de tensions rageuses à son encontre car elle lui avait volé son fils préféré… En effet, en raison de son âge avancé (32 ans) elle s’était imaginé qu’il resterait à vie son fils aimant prenant soin d’elle. André travaillait en tant qu’ainé sur la fabrication du pétrissage dès 12 ans avec sa mère, puis en apprenti et ouvrier chez d’autres dès l’âge de 16 ans (relevés professionnels à l’appui). Ces premières années ont été reconnues en période d’apprentissage de 14 ans à 16 ans ½ car la scolarité était obligatoire jusqu’à 14 ans, néanmoins la pénibilité de ce métier l’en a dégouté à vie, bien qu’il n’ait pas manqué de nous transmettre toute une culture du pain, qui aujourd’hui encore me fait replacer un pain dans son sens de la hauteur autant que sur son endroit, « on ne laisse surtout pas un pain à l’envers, c’est un sacrilège !! » Il n’avait qu’un souhait, en trouver un autre mais ne voulait plus entendre parler de boulangerie… en effet comme il se doit à l’époque, il remettait l’enveloppe de sa paye à sa mère qui gérait le foyer. Il a fait plusieurs petits boulots comme valet, livreur de meubles, avant d’entrer chez Rochas pour être coursier. C’est là qu’il s’est inscrit aux cours du soir et weekend pour passer un diplôme de chimiste et obtenir un poste de préparateur en parfumerie chez Rochas.
La rencontre de sa sœur, Paulette et Raymond Prêtre,
Les deux garçons Raymond et André étaient amis d’enfance, ils ont fait leurs virées d’adolescents ensemble et les bêtises de jeunesse… et là vu la prudence imposée par mon père sur tous les principes de la santé et de la prévention, ils ont dû en vivre des situations dramatiques… mais ce n’est pas le sujet !
André se rendait souvent au château de Chamarande, là où le père de Raymond était cuisinier. La boulangerie (épicerie – bar) des Collinet livrait le pain au château, et André en tant qu’aîné a été sollicité très tôt pour participer aux différentes tâches de fonctionnement, livraisons, puis pétrin, … pour autant je n’ai aucun souvenir sur la dimension pâtisserie bien qu’il ait guidé sa femme, Madeleine envers la confection de pâtisseries. La partie livraison dont il s’est occupé très jeune je l’ai parfois entendu dire qu’après le vélo, il a conduit la fourgonnette bien avant même l’obtention du permis (travail oblige, il fallait bien livrer les commandes). De temps en temps il était accompagné par sa sœur ou Raymond venait jusqu’à la boulangerie, et c’est là, qu’il se connurent et se marièrent et eurent…
En tant que cuisinier, j’ai toujours eu l’impression que la famille de Raymond vivait dans le château… (lors de ses récits ce point n’était pas explicité… mais laissait entendre qu’ils y passaient beaucoup de temps, peut-être que les journées faisaient plus souvent 24 heures que 8 heures !!)
Dans les notes des Prêtre un autre château est nommé… mes souvenirs se sont peut-être un peu mélangés !! Dès que nous allions à Etréchy, nous avions droit au parcours de pèlerinage avec anecdotes et explications toutefois, l’enfant que j’étais, laissait s’envoler son esprit lors de ces discours que je trouvais ringards et inintéressants !!
Le service militaire à 25 ans… en sortie de guerre, durée 5 mois – du 05/09/1945 au 23/01/1946
À la vue de ces anecdotes, ce moment obligé fut une période désagréable et à contre-courant… il en laisse pour autant des fotos qui dégagent autant de cynisme que d’amitiés. Des récits, comme à son habitude sur son vécu, il n’en a quasiment jamais parlé… pas de longs discours sur ces sujets-là !! juste des anecdotes. A ce titre, une fois il expliqua qu’il avait repris l’ordre du sergent (ou autre gradé) car il le trouvait aberrant et dangereux… encore adolescente, mais déjà en pleine révolte ce court récit provoqua un choc en moi, que voulait-il transmettre, il est en train de nous expliquer que l’on peut présenter un contre argumentaire à son représentant de l’autorité, lui tenir tête, le désavouer ? raison pour laquelle sans doute je me souviens plus de mes sentiments à l’évocation de ce commentaire que du contexte familial où il nous l’avait raconté, sauf que c’était à table.
Notations illustrant le dos des fotos de ce service militaire :
- mon conseil de révision le 14 janvier 1940
- Nénesse, Mimile, Totor – le 22/12/1945 – 3 copains sur une barrière dans la rue,
- Première photo en soldat ! Moi j’m’aime mieux en civil et vous ?
- Irmenach[2] le 30 novembre 1945 – Un groupe de copains et une chenillette Brem Cerrier – 8 personnes sur la foto dont 7 sur le char,
- Le 09/12/1945 – Et vous direz que je ne sais pas ce que c’est qu’un char !… – 4 copains sur le char et André debout devant le char,
- Le 09/12/1945 – On est blindé ou on l’est pas !… – 5 copains devant un char,
- Les montures du 2ème escadron du IV cuirassier, – rangée de 6 chars alignés,
- Le 1er janvier 1946, Rousseau l’infirmier, Berthelot
[1] de nombreuses précisions sur le site de Michel !!
[2] IRMENACH : Irmenach est une municipalité allemande située dans le land de Rhénanie-Palatinat et l’arrondissement de Bernkastel-Wittlich. Portail de la Rhénanie-Palatinat. (Wikipedia)















