1.2-André, ses souvenirs sur les ancêtres

Les origines de la lignée ascendante versus Cochin, (Version d’André), au niveau de son grand-père, Moïse Deletang – le brave homme était issu d’une famille de nobles qui a refusé un mariage avec une roturière. Se révoltant contre le rejet de sa famille il tient tête à sa famille et a néanmoins voulu l’aimer, sa famille l’a renié et déshérité. Malheureusement après lui avoir fait 6 enfants il a eu la malencontreuse idée de mourir en la laissant toute seule. (Peut-être a-t-elle eu un autre amant par la suite… si l’on se réfère aux souvenirs de Paulette !! rien de choquant, il fallait bien vivre et que le corps exulte, aurait dit Brel ou Ferré, je ne sais plus ! de plus dans mon autre lignée une grand-mère usa en fine connaisseuse de cette antienne-ndlr)

1.3- Son adolescence laborieuse avec les fêtes du village et les copains

A 12 ans il obtient son certificat d’étude… et entre dans la vie active ! ses expériences de boulot n’ont pas fait l’objet de nombreux récits, de temps à autres suivant l’opportunité il relatait une anecdote de l’un des boulots exécutés :

  • Lors des livraisons de meubles, il n’était pas question de lâcher le meuble tant que le client n’avait pas tout réglé. En effet au nom d’une loi sur la propriété privée qui donnait pour fait : « tout ce qui est chez moi est à moi… » les livreurs avaient donc la consigne de ne rentrer le meuble que contre monnaie sonnante et trébuchante !

En dehors de ses activités professionnelles en boulangerie, il participait à toutes les sorties et événements du village. Les activités de ses parents ne leur permettant pas vraiment un rythme régulier de vie de famille, il traînait dehors avec les copains.

Dans cette période-là, il s’engage avec les équipes de scoutisme où il se forme pour encadrer des équipes de jeune. Il lui en restera une idée très établie de l’éducation des enfants et des jeunes, l’éducation se fait par l’expérience, on grandit en se confrontant à ses erreurs.

La période des petits métiers et d’acquisition des expériences, Ainsi bon gré mal gré, il occupa un tas de petits boulots, en tant que coursier, boulanger, valet de chambre… par deux fois, il quitte ses boulots pour suivre des formations de centres de jeunesse où il devient chef d’équipe.

En entrant chez Rochas en juin 1949, il a 29 ans… c’est pour occuper un poste de coursier puis de magasinier et manifestement il a une idée en tête car en octobre 51, il quitte Rochas pour suivre une formation de chimiste au CNAM en cours du soir. Pour continuer de faire vivre sa famille, il prend un travail de livreur de meuble dans une galerie de la place d’Italie.

1.4- La période de guerre, période de tous les dangers et des amitiés,

Ses champs de connaissances étaient vastes et ses récits toujours longuement détaillés sur tous les domaines qu’il abordait… sauf sa vie avec les copains et la sortie de guerre qui a été d’un point de vue sociétal, un grand moment d’explosion de joie et de fêtes !!! Tous les détails envers son rôle de soutien de famille, c’est madeleine qui racontait, principalement sur la base des échanges qu’elle avait eu avec sa belle-mère, Madeleine Cochin.

André n’a jamais parlé de la période de guerre… plus tard j’ai compris qu’elle fut pour lui l’impossibilité de ses ambitions, une période de frustrations insurmontables. Il venait tout juste d’avoir 19 ans à la déclaration de cette guerre, trop jeune pour être incorporé mais voulant s’engager auprès des groupes de résistance lors du gouvernement de Pétain, il est confronté au rejet de son offre. Il ne saura plus tard qu’ils étaient dans l’incapacité d’accueillir le flot de jeunes qui voulaient les rejoindre pour libérer la France, manque d’armes et surtout de personnes encadrantes pour les former.

Les zazous contre les fêtes du village, En pleine guerre, période d’occupation des caves s’organisent avec de la musique jazz et des mouvements de résistance à l’ennemi envahisseur. Ainsi lors d’un repas familial, je lui demande impromptu, « Papa dans ta jeunesse as-tu été zazous toi aussi !!? » – avec son petit sourire équivoque il répond : « Mais non enfin, moi je me cachais dans le cher !! » – et cette fois nous n’avions pas le droit à ces (trop) longs monologues d’explications, pas sur ce sujet qui n’avait droit qu’à une brève réponse !

L’évitement du travail obligatoire dans le cher et les faits de résistance, A l’arrivée des allemands, qui avaient rendu le travail obligatoire, il avait tenté d’entrer dans la résistance. Toutefois, à cette époque de nombreux jeunes, qui n’avaient pas encore été enrôlés, étaient réquisitionnés par les allemands pour le travail obligatoire. En effet, les allemands réquisitionnés par l’armée ou morts, n’étaient plus suffisamment nombreux pour effectuer les tâches nécessaires dans l’industrie, notamment à la fabrication des armes. Afin d’éviter cette déportation non choisie, les jeunes se cachaient ou entraient dans la résistance. Hélas les groupes de la résistance étaient débordés et ne pouvaient plus accepter cet afflux de volontaires, à former, armer et encadrer. Ecœuré et déçu, André est parti se cacher dans le cher où il travailla dans une ferme ou une scierie, et livra les paniers de repas aux résistants. Cette dernière précision, je l’ai apprise à 23 ans (nous étions en 1977) par le directeur de l’ANPE de Poissy qui me reçut sur proposition de mon père, « si tu vas à l’ANPE, va voir mon ami René Prévost ». Mon arrivée à l’ANPE fut chaleureusement accueillie par un type qui s’exclame, au milieu d’une salle remplie de gens qui travaillent, les bras grands ouverts : « haaaa !!! la fille de mon ami de la résistance !! » j’ignorais totalement ce passage que mon père avait soigneusement tu en minimisant les faits. Il voulait prendre les armes, il ne livrait que des paniers repas… mais pour moi c’est la première et dernière fois que l’ANPE m’a trouvé un travail et un travail que j’ai adoré, je suis devenue fotographe ! »

Cette période de sa vie a tenu une importance particulière, surtout au regard de la forêt. Car s’il ne nous avait quasiment jamais parlé de cette période il abordait très souvent des anecdotes révélant sa connaissance en matière des essences d’arbres et les oiseaux autant par leurs chants que leurs plumages… il plaçait un respect de la nature et la forêt comme l’un des éléments forts des valeurs à transmettre, hélas bien que son rabâchage sur le nom des oiseaux fût incessant, la candeur des enfants traduisait ces explications comme ennuyeuses et répétitives ! L’origine de mon prénom, Sylvie, était de son initiative, car il venait de la racine latine silva, la forêt !

La famille, son père, sa mère, sa sœur Paulette, son frère Lucien, et ses oncles et tantes…

Publié par scollinet

Curieuse de tout et à l'écoute des besoins d'émancipation et de cohésion sociale.

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